Une œuvre à l’ère du Covid
En un an, le Covid est devenu l’ennemi à la fois des Hommes et celui de l’Art. La Joconde, la Jeune Fille à la perle et Van Gogh sont en dépression. Sur leurs smartphones, ils voient défiler avec appréhension les tweets du gouvernement : « Info-média ! Tous les lieux culturels et musées seront fermés jusqu’à nouvel ordre afin d’éviter la propagation du coronavirus. » L’annonce tombe, les œuvres littéraire, cinématographique, artistique ou musicale sont au chômage, perdent de leur valeur, tombent dans l’oubli. Que se passerait-il si d’anciennes œuvres avaient créées été au temps du Covid ?
Le Cri de Munch
Au milieu d’un pont, un homme, yeux écarquillés et bouche grande ouverte affiche une expression d’effroi sur le visage. Peut-être avait-il vu venir le monstre du Covid ? Désormais, son cri est étouffé par le masque, plus aucun trait son sur visage n’est apparent. La colère, la tristesse ou la peur n’existe plus dans ce monde de zombies. Cet homme sur son pont n’existe plus, il s’efface dans la foule, fantôme errant n’ayant plus d’individualité, ni personnalité, ni sentiment. Cette œuvre d’une symbolique nouvelle illustre le choc face à la peur existentielle de la maladie, du virus ou de la mort. Est-ce le Cri de la distanciation sociale ? De l’effondrement de la société ? Des peurs collectives ? Les mains posées sur le visage mettent-elles en évidence l’anxiété et la démesure du lavage des mains, du fait de ne pas se toucher le visage et de l’obligation de porter un masque de protection ? Ecarté de tous, comme respectant les mesures de distanciation sociale, s’éloignant de la respiration humaine, l’individu s’isole des autres, de la société, de la vie en général. Peut-être sur son pont, essaye-t-il de fuir ce monde dangereux et plein de contraintes. Il crie comme nous, Humains, pourrions crier ensemble, pour se sentir moins seuls et dénoncer la souffrance d’une planète mise sous pression et dans l’attente d’un futur meilleur. S’il ouvre la bouche, va-t-il tousser ? Si oui, la défiance pathologique des uns-des-autres causée par l’angoisse moderne face à un virus mortel qui efface petit à petit la magie de la vie. Bloqué dans un monde de peur, le Cri est un appel à l’aide, Cri de dénonciation et de désespoir. Cette œuvre emblématique, désormais utilisée par les nouvelles générations à travers les réseaux sociaux sert de protestation, de sensibilisation et de remise en question de l’anxiété causée par la menace de la pandémie mondiale. Munch a souvent représenté le désespoir et la peur provoqués par des maladies mortelles que la médecine de l’époque ne comprenait pas bien encore comme la tuberculose, la syphilis et la grippe. Son œuvre dure dans le temps puisque le coronavirus semble parfois rester un mystère sans fin.
L’art permet ainsi à l’humanité d’exprimer la beauté de l’imagination et des choses, mais aussi l’enfer parfois vécu sur Terre. Comme un refuge, il reflète les pensées humaines et délivre les peines. Sans l’art, la vie serait fade, sans couleur ni rêverie. Alors, afin de ne plus vivre dans l’aveuglement et délier les esprits, faisons tomber le masque du Covid sur la nécessité de faire vivre l’art.
Mathilde Haÿ
