Critique – Zone d’intérêt : La suggestion de l’horreur dans la banalité d’un quotidien

Film glaçant, grand prix du jury au festival de Cannes, qui aborde la Shoah d’une toute nouvelle façon.
A contrario de la liste de Shindler, de la tendance commerciale actuelle du gore ou de la romance cinématographique pour émouvoir le spectateur, on ressort de Zone d’intérêt avec respect.
Ce tout nouveau chef d’œuvre aborde avec sobriété l’extermination programmée et industrielle des juifs et des tziganes dans un contexte glaçant. On suit le quotidien de la famille du commandant SS du camp d’Auschwitz-Birkenau, Rudolf Höss, qui mène une vie paisible à quelques mètres du camps d’extermination, les fours crématoires se trouvant derrière la haie du jardin où ses enfants jouent et s’ébattent dans la piscine.
Par petites touches, le réalisateur suggère l’horreur qui se déroule à deux pas de la maison familiale. Dès le commencement un écran noir avec une musique dissonante nous plonge dans l’ambiance de ce drame absolu et installe un cli
mat d’appréhension.

Le spectateur a une sensation d’effroi sans qu’une goutte de sang ou un acte violent ne soit montrés dans le champ de la caméra ; l’image fixe et froide nous mène à une idée de déshumanisation alors que l’histoire se déroule dans un cadre familial sous l’œil silencieux du personnel de la maison, des déportés juifs . L’indicible est omniprésent par le bruit de fond des fours crématoires, des coups de feu ponctuels, de la fumée et de l’odeur des corps brûlés qui dépasse les murs : la frontière entre l’humain et l’inhumain est dépassée.
Avec Zone d’intérêt, Jonathan Glazer a réussi à donner une représentation de la Shoah sans pathos ni obscénité, un sujet qui réclame sobriété et pudeur.
Lilly R. – Stanislas.