Reportage : Un lycée sans sonnerie ?
Depuis quelques jours, au lycée, le calme règne, la sonnerie ne fonctionne plus suite à un problème technique. Si cela a été déstabilisant les premières heures, tout le monde semble avoir pris le rythme.Mais le technicien est au travail : après huit jours à regarder nos montres pour ne pas être en retard en classe, la sonnerie va revenir. Finalement, un établissement sans sonnerie, est-ce mieux ou moins bien ? Reportage.
Un reportage de Ayrton, Malcom et Ilyes.
Nous poussons d’abord les portes de la vie scolaire. Tatiana est assistante d’éducation. Pour elle, l’absence de sonnerie est « très perturbante », la surprise du départ ne passe pas, elle n’arrive pas à s’y habituer. Si elle reconnaît que l’ambiance générale est plus calme, elle précise que sans sonnerie son travail est plus complexe car des élèves profitent de ce manque de repères pour « ne pas se bouger à la fin de la récréation et arriver en retard en cours ».
Du côté des élèves, Kylian et Florian, élèves de Terminale, passée la surprise du premier jour, disent que l’ambiance au lycée est bien plus agréable : « on se sent moins stressés », précisent-ils. Pour eux, le pli a vite été pris : « on a rapidement compris qu’il fallait regarder notre montre plus souvent, mais à part ça, cela ne pose pas de problème particulier ». Ensuite, ils ont avoué « que l’absence de sonnerie peut servir de prétexte pour arriver en retard en cours ». Ils ajoutent aussi que certains professeurs profitent de l’absence de sonnerie pour les garder plus longtemps en classe, ce qui n’est pas du goût de tous les élèves ! Mais ce qu’ils retiennent surtout, c’est que « la sonnerie ici est quand même très forte et longue », alors ils ont une suggestion à faire, « ça pourrait être intéressant de changer pour une sonnerie plus douce ! »
En salle des professeurs, les avis sont partagés. Si tous ont été surpris et déstabilisés le premier jour, certains, comme Monsieur Choro, trouvent cela « terrible » et avaient hâte qu’elle soit rétablie, d’autres y ont vu un côté plus apaisant, ils trouvent les élèves moins pressés, notamment dans les cours de deux heures, où la sonnerie était le signal automatique d’une pause à prendre. Tous s’accordent à dire que la sonnerie en elle-même devrait être changée. Et les professeurs doivent bien l’admettre, ils sont comme les élèves : à la pause, sans sonnerie, ils ont tendance à être en retard ; ils ont dû eux aussi se discipliner pour ne pas l’être. « Notre sonnerie est anxiogène, l’ambiance est plus zen et apaisée sans sonnerie », explique Madame Ferrandi, « c’est une expérience positive », conclut-elle.
Il faut aussi préciser que certains établissements ont déjà fait le choix de fonctionner sans sonnerie, en laissant davantage de responsabilité aux élèves et aux enseignants pour gérer le temps, ce qui montre que cette organisation est possible, même si elle demande des habitudes différentes.
Pour terminer notre reportage, nous sommes allés voir du côté de la Direction, où Frédéric Julien, Proviseur de l’établissement nous reçoit dans son bureau. D’après lui, « le fait qu’il n’y ait plus de sonnerie n’est pas très dérangeant ». Il explique d’ailleurs que ce genre de situation n’est pas totalement exceptionnel : « ccela nous arrive souvent, des petites pannes de sonnerie, surtout au retour des vacances où nos systèmes tombent un peu en panne ». Cette fois-ci, la panne a été plus importante, « suite à une coupure de courant qui a touché tous les systèmes électroniques », ce qui a provoqué plusieurs désagréments dans l’établissement.
Le Proviseur dit s’être vite habitué à cette situation et même avoir trouvé ce moment « plutôt agréable ». Il précise aussi qu’il n’y a pas eu beaucoup plus de retards signalés que d’habitude. Pour lui, la sonnerie reste tout de même importante car elle sert « d’arbitrage entre le temps de l’enseignant et le temps de l’élève », afin d’éviter les tensions ou les discussions sur la fin du cours.
Il imagine même que l’on pourrait tenter l’expérience volontairement à l’avenir : organiser « une semaine de calme sans sonnerie », en concertation avec les enseignants et les élèves, pour voir si cela améliore le bien-être au lycée. Mais il reste prudent : l’absence de sonnerie peut aussi créer du stress supplémentaire, car les élèves doivent vérifier leur montre ou leur téléphone pour ne pas être en retard. « Si tout le monde joue le jeu, pourquoi pas », conclut-il.