Synthèse : l’IA, un danger pour l’art ?
40 %, c’est le pourcentage d’artistes ayant déjà eu recours à l’IA générative d’après une enquête de « Artcena » publiée en 2025.
Il est vrai que cet outil s’impose progressivement dans notre quotidien. Et le milieu artistique ne fait pas exception. Dans le 7ᵉ art, par exemple, les réalisateurs du film As Deep as the Grave ont utilisé une IA générative qui leur a permis de faire jouer un acteur déjà décédé. Si certains y voient une révolution et un gain de temps considérable, d’autres s’inquiètent pour l’avenir de la création et des métiers artistiques.
L’IA est-elle une simple aide pour les artistes ou une menace pour leur travail et leur créativité ?
Ils sont étudiants en graphisme, élèves ou professeurs dans notre lycée, en filière STD2A (Sciences et technologies du design et des arts appliqués) ou en Spécialité Théâtre, et l’IA ne leur est pas étrangère.
Quelle place a-t-elle trouvée auprès des élèves et des professeurs, et quelles craintes suscite-t-elle pour l’avenir ?
Par Lilou, Alessio, Olivia et Léa
L’IA, une aide plus qu’une menace
Théo, un étudiant en 2ème année de DNMAD (Diplôme national des métiers d’art et du design), Spécialité Design numérique, utilise régulièrement l’intelligence artificielle dans son travail. Pour lui c’est un outil pratique : « C’est beaucoup plus rapide que de chercher sur Google, c’est un gain de temps, on réduit 150 heures de travails à 5 heures ». Il explique : « L’IA, c’est comme le feu, tu peux t’en servir pour allumer une bougie ou brûler une forêt ». Cela peut être un appui, mais elle doit être utilisée correctement. D’après sa professeure de graphisme, Maëva Blanc, l’intelligence artificielle est une forme d’évolution à laquelle on doit s’adapter, « un artiste qui a déjà une identité peut l’utiliser pour aller plus loin, pour améliorer son travail », précise-t-elle.
L’IA ne remplace pas l’âme humaine
L’IA n’est donc pas à bannir, les graphistes semblent avoir compris comment en tirer partie et n’ont pas peur qu’elle ne vienne leur prendre leur place. Mais l’intelligence artificielle est-elle vraiment capable de faire un travail équivalent à celui d’un humain ? Trois élèves de Terminale en Spécialité Théâtre questionnés sur la possibilité de lire et jouer une pièce générée par IA affirment : « l’art, c’est quelque chose qui se fait avec le cœur, c’est un désir de liberté, ça ne peut pas être remplacé ». Ils défendent leur opinion : « tant que ce n’est pas fait par l’homme, ça n’a pas la même valeur ». Cela rejoint la position de Maëva Blanc pour qui l’IA ne remplace pas l’artiste, elle l’accompagne, « certaines tâches vont être automatisées, mais on aura toujours besoin de personnes pour réfléchir et concevoir. »
L’IA, inquiète malgré tout
Les élèves de Premières ST2A, eux, s’inquiètent pour leur avenir et celui des métiers artistiques : « les gens préfèrent utiliser l’IA plutôt que de payer un artiste car c’est moins cher et plus rapide. C’est une menace pour les métiers de l’art » dit l’un d’entre eux. Cet aspect de l’intelligence artificielle provoque une inquiétude chez toutes les personnes interrogées, qu’importe leur domaine. Théo, l’étudiant interrogé en DNMADE, parle des problèmes que peut causer l’IA : « Il y a des problèmes de droits, de vols de contenus. Ça peut prendre la place de certains métiers comme les illustrateurs et les designers ». Maëva Blanc relève les dangers : « quelqu’un qui débute peut se perdre dans les images générées et ne pas trouver son propre style, il peut créer des choses qui ont déjà été faites et se fondre dans la masse ». Dans un autre domaine artistique enseigné au lycée, John, un élève de Terminale en Spécialité Théâtre reste prudent : « si on ne limite pas l’IA, l’avenir de l’art peut être compromis ».
Ce n’est pas Célia Guerrieri, professeure de Lettres Modernes au lycée et spécialiste de la littérature de science-fiction et de fantasy qui dira le contraire. Elle rencontre régulièrement des auteurs et des éditeurs dans le cadre de conventions, et elle est confrontée à l’IA depuis 4 ans : « cela a été un énorme problème dès le départ dans la science-fiction, car une grosse partie des œuvres sont des nouvelles qui sont publiées dans des revues spécialisées, c’est là que tous les grands noms de ce genre littéraire débutent. » Il y a 3-4 ans les revues se sont retrouvées noyées sous un flot de nouvelles écrites par l’IA : « avec l’IA tout le monde est devenu auteur, les manuscrits soumis sont de très mauvaise qualité, les revues ont perdu beaucoup de temps sur des écrits très mauvais, les gens qui créent véritablement ont perdu leur place dans tout cela », explique-t-elle avant de poursuivre « les textes proposés par l’IA sont une synthèse de tout ce qui existe, ils sont donc normés, or l’art c’est le décalage avec la norme et l’IA produit de la norme médiocre. » Une oeuvre littéraire produite par IA n’aurait donc aucune originalité, aucune individualité, or, comme elle le dit, « le but de l’art ce n’est pas d’être parfait mais d’être personnel », réaliste, elle conclut que l’IA ne disparaitra pas, mais « elle ne doit pas être utilisée pour la littérature au risque de l’assécher », espère-t-elle.
L’intelligence artificielle est donc un bon outil si on sait l’utiliser avec précaution. Utiliser l’IA comme une aide demande un niveau de maitrise que la plupart des gens n’ont pas, c’est en cela que le danger réside pour le monde des arts.
