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Synthèse : Professeurs et stéréotypes : entre mythe et réalité

Lorsqu’on évoque les enseignants, certains clichés ont la vie dure. Le prof de sport serait toujours en jogging, adepte de la salle de musculation et allergique aux livres. Celui de lettres passerait son temps plongé dans un roman, citant des auteurs à tout bout de champ. Le prof de maths, lui, serait un pro des équations mais incapable de rédiger sans fautes. Quant aux enseignants d’histoire-géo, ils raconteraient les événements du passé avec passion, tandis que ceux de sciences ne jureraient que par les blouses blanches et les expériences en laboratoire. Et que dire des professeurs de langues, supposés voyager à longueur d’année, ou des artistes du lycée, forcément décalés ? Alors, ces stéréotypes correspondent-ils vraiment à la réalité ?

Madame G., professeure d’anglais : en rire pour mieux les détourner

Madame G. enseigne l’anglais et sait que sa matière est propice aux stéréotypes : la tasse de thé sur le bureau, le sac à dos à l’image du drapeau britannique… « Ces clichés sont amusants, je préfère en rire et en jouer, avoue-t-elle. Cela peut même être un atout pour capter l’attention des élèves. » Ce qui la fait moins sourire, en revanche, c’est l’idée répandue que les profs ont une vie de loisir permanente, car « entre les corrections et la préparation des cours, les soirées et week-ends sont souvent bien remplis ! » précis-t-elle.

Madame F., professeure de maths : lutter contre les stéréotypes de genre

« Les stéréotypes sur les matheux m’agacent, surtout ceux qui associent certaines matières à un niveau intellectuel supérieur », affirme Madame F., professeure de mathématiques. Elle s’indigne surtout des préjugés de genre qui pèsent sur sa discipline : « étant la seule femme de mon équipe, je vois bien à quel point les filles se censurent et n’osent pas s’orienter vers les sciences alors qu’elles en ont les compétences. » Pour elle, il est essentiel de combattre ces idées reçues afin d’ouvrir le champ des possibles à toutes et tous.

Monsieur L., professeur de STMG : une matière hors des clichés

En Sciences et Technologies du Management et de la Gestion (STMG), les préjugés sont plus flous. Monsieur L. insiste sur la polyvalence de sa matière, qui empêche de la réduire à une simple caricature. « De toute façon, on est toujours la caricature de quelqu’un, il faut l’accepter ! » plaisante-t-il. Selon lui, il y a souvent « une part de vérité dans les stéréotypes, mais cela ne doit pas enfermer les enseignants ni les élèves dans des cases ».

Madame S., professeure d’EPS : entre humour et agacement

Madame S., professeure d’EPS, entend souvent des remarques moqueuses en salle des profs : « tu sais taper à l’ordinateur, toi ? » ou encore « vous ne faites que jouer au ballon ! ». Si elle prend ces blagues avec humour, elle admet qu’elles peuvent devenir pesantes. « Certains pensent encore que l’EPS est une matière secondaire, alors qu’elle requiert une réelle préparation. J’analyse les besoins de mes élèves, construis des progressions, adapte les exercices… C’est loin de se limiter à rester les bras croisés au bord du terrain ! »

Monsieur L., professeur d’histoire-géo : jouer avec les attentes

« Il vaut mieux s’en amuser, mais il faut en être conscient », confie Monsieur L., enseignant d’histoire-géo. Il constate que sa discipline évoque des images bien ancrées : passionné de batailles et de cartes, connaissant les dates par cœur ? Pourtant, nous dit-il, « dans mon quotidien, les gens ont du mal à imaginer que je suis prof d’HG, notamment à cause de mes loisirs qui ne correspondent pas aux attentes », preuve que les enseignants ont une vie bien plus variée que les stéréotypes ne le laissent penser. Cependant, inutile d’en attendre plus, il ne dira pas un mot sur ses loisirs !

Monsieur B., professeur de français : casser les codes

« Le prof de lettres obsessionnel de lecture, un peu à l’ouest et hyper rigoureux sur l’orthographe, c’est un grand classique ! » s’amuse Monsieur B. Si ce cliché ne l’agace pas, il trouve qu’il enferme parfois son métier dans une vision trop rigide. « Mes élèves seraient surpris de connaître certaines de mes passions, comme les jeux vidéo, qui semblent antinomiques avec l’image du prof de français ». Pour lui, il faut déconstruire ces idées préconçues et montrer que l’on peut être professeur sans être une caricature ambulante.

Au final, les enseignants interrogés oscillent entre amusement et exaspération face aux clichés. Certains en jouent, d’autres cherchent à les combattre, mais tous sont d’accord pour dire qu’ils ne doivent pas influencer la perception de leur matière par les élèves. Car peu importe la matière enseignée, derrière chaque enseignant se trouve une personne aux passions variées, loin des raccourcis faciles.

Par Wassin et Eya