Interview de Luis BAKER : Transmission des valeurs d’une femme d’exception
JOSÉPHINE BAKER :
TRANSMISSION DES VALEURS
D’UNE FEMME D’EXCEPTION
Le 26 mars dernier, Luis BAKER, l’un des 12 enfants adoptifs de Joséphine BAKER, est venu rencontrer les élèves de 3ème du collège
Jean Cocteau de Beaulieu-sur-Mer. Nous l’avons interviewé.

Crédit ministère de la culture
– Pouvez-vous nous parler de la ségrégation que votre mère a vécue durant son enfance à Saint-Louis ?
Luis BAKER : Oula, c’est une histoire ancienne ! Elle n’en parlait pas beaucoup et n’a pas pu changer le cours de l’histoire. Elle est malheureusement morte avec. Malgré cela, elle a réussi à nous transmettre l’importance de savoir vivre ensemble avec toutes nos différences.
– Votre maman était amoureuse de la France. Pensez-vous qu’elle y ait trouvé une patrie plus tolérante que ne l’étaient les Etats-Unis à l’époque ?
Luis BAKER : C’est vrai qu’au début elle appréhendait son arrivée en France suite au regard quasiment haineux des Américains envers les gens de couleur. Mais elle s’est vite aperçue que le regard des Européens n’était ni d’amour, ni de haine. C’est à travers la France qu’elle a pu commencer à vivre et à connaître le monde entier.
– Comment avez-vous vécu le fait que votre mère ait pris la parole au côté de Martin Luther King le 28 août 1963 à Washington, vêtue de son uniforme de la France libre ?
Luis BAKER : C’est une question qui me touche beaucoup, car personne ne voulait savoir si elle était seule ou pas lors de ce déplacement. Je me souviens, j’avais 10 ans à ce moment-là. J’étais avec l’un de mes frères durant le voyage. Nous étions restés à l’hôtel et avions pu l’écouter à la radio. Ce fut très important, car elle a pu représenter la Résistance française et la place de la femme dans la société. Ce fut selon ses mots « le plus beau jour de sa vie » et à cet instant, elle a eu l’espoir que le monde pouvait changer.

Nue la nuit…
– Comment expliquez-vous le succès qu’elle a connu dès son arrivée en France dans la revue Nègre ?
Luis BAKER : Au départ, ce n’était qu’une remplaçante, mais c’était le genre de femme à dire « Je vais tout apprendre au cas où… » Elle a eu la chance que sa camarade soit tombée malade et elle a donc pu prendre sa place. Suite à cela, elle est devenue une comédienne reconnaissable.
Crédit « un jour de plus à Paris »
… Résistante héroïque le jour
– Selon vous d’où lui venait son patriotisme et son courage ?
Luis BAKER : Elle s’est mise à disposition de la France par amour, car c’était le genre de personne à dire « Je suis française ». Elle ne pouvait pas admettre le fait que plusieurs pays puissent faire du mal aux gens et concevoir que des jeunes soient assassinés par les Allemands. Elle fait donc le choix d’être avec les alliés et de risquer sa vie en récoltant des informations dans des pays étrangers.
Moi, je n’aime pas le terme espionne, mais plutôt ‘‘agent de renseignement’’, car espionne est un nom péjoratif.
– Avez-vous quelques anecdotes qui démontrent son engagement ?
Luis BAKER : Oui, il y en a une qui m’a particulièrement marqué, c’est celle où l’ambassade allemande est venue toquer aux portes du château des Milandes demander des renseignements à propos du chef de la Résistance de Dordogne.

Elle a fait semblant de ne pas comprendre et a pris alors un accent africain. Étant donné que le nom de famille de ce résistant ressemblait au mot ‘‘mairie’’, elle les a emmenés directement à la mairie et non à l’homme recherché, qui pendant ce temps a pu s’échapper dans la forêt ! Mais elle risquait aussi sa vie lorsqu’elle transmettait au Général De Gaulle des informations importantes écrites à l’encre sympathique qu’elle cachait dans son soutien-gorge. Elle est allée dans le monde entier sans se faire fouiller, car c’était une star internationale. »
Crédit informel
Une inspiration pour les générations futures
– Quelle mère était Joséphine BAKER ? Quels souvenirs amusants pouvez-vous partager ?
Luis BAKER : Bien qu’elle soit souvent absente, à cause de son travail, c’était une mère aimante. Lorsqu’elle rentrait, c’était la fête et elle nous étouffait d’amour.
Il nous arrivait parfois de faire quelques bêtises, mais on ne se dénonçait jamais. On gardait cet esprit de fratrie et de solidarité, les valeurs qu’elle nous a transmises.
Ma mère adorait les animaux et nous en avions beaucoup. Lorsqu’on mangeait, nos singes venaient même nous voler notre nourriture !
– Quelles valeurs de votre maman pensez-vous importantes de transmettre aux générations futures ?
Luis BAKER : Il y en a tellement ! Je ne suis pas là pour vous diriger et vous dire ce que vous devez faire par rapport à ce que ma mère a fait. Ce qui est le plus important, c’est de faire le mieux possible en faisant ce que l’on a envie, avec l’amour de notre prochain.
Il faut essayer, garder ce qui est correct, prendre de la personnalité un peu de partout et la reproduire à notre niveau. »
Une entrée au Panthéon comme consécration
– Quelle a été votre réaction suite à l’entrée au Panthéon de votre maman ?
Luis BAKER : Quand j’ai appris cela, j’ai été très reconnaissant envers monsieur Macron de l’avoir fait entrer au Panthéon en tant que sixième femme panthéonisée.
Suite à ses vœux, nous avons décidé de la laisser enterrée à Monaco. Mais nous avons rempli le cercueil de terre provenant de chaque coin où elle a vécu ses meilleurs moments comme la terre de Paris, de Dordogne ou de Monaco. Cela était plus symbolique pour nous que de laisser le cercueil vide.
L’essentiel était le symbole et la reconnaissance pour l’Éternité.

Louisa MOSER
Carla RESCIGNO
3ème1
Collège Jean Cocteau
Beaulieu-sur-Mer