Société

Synthèse – Adolescents connectés : comment la vie moderne pèse sur leur bien-être.

Anxiété, dépression, mal-être… La santé mentale des jeunes inquiète de plus en plus. Entre pression scolaire, réseaux sociaux et manque de suivi, les adolescents sont confrontés à des difficultés croissantes, révélées notamment depuis la pandémie de Covid-19.

Un problème de santé publique

La santé mentale selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), correspond à une état de bien-être permettant à chacun de se réaliser, de surmonter les tensions du quotidien et de contribuer pleinement à la vie de la société (1). Les crises sanitaires et écologiques ont accentué le mal-être des jeunes, provoquant tristesse, anxiété et pensées suicidaires tout en donnant naissance à une forme d’angoisse appelée : l’éco anxiété (1).
Les enquêtes menées par l’UNICEF, la Fondation Jean Jaurès et Santé publique France montrent un bilan préoccupant, en particulier chez les filles. Le nombre d’adolescentes ayant tenté de passer à l’acte a considérablement augmenté, et la crise du Covid-19 a accentué l’isolement de certains jeunes (1).

Le fautif, les réseaux sociaux ?

Depuis le début des années 2010, les réseaux sociaux ont changé la manière dont les adolescents interagissent. L’apparition des « likes », des partages et des fils d’actualité algorithmiques encourage la recherche de validation extérieure, créant une pression sociale qui affecte l’estime de soi (2). Sur des plateformes comme Instagram ou TikTok, les jeunes sont exposés en permanence à des images idéalisées, souvent retouchées, et peuvent se comparer  à des modèles inaccessibles. Ce mécanisme, appelé « comparaison ascendante », fragilise l’estime de soi (2).
Les adolescentes sont particulièrement vulnérables, notamment entre 11 et 13 ans, période de construction identitaire. Elles sont plus exposées aux normes de beauté véhiculées sur les réseaux sociaux et subissent une baisse de confiance en elles, pouvant aller jusqu’à une insatisfaction corporelle marquée (2). Plusieurs études montrent que l’utilisation d’Instagram peut provoquer une diminution de la confiance en soi et une augmentation des émotions négatives, effets renforcés par les photos retouchées (2).
Le rôle des réseaux sociaux a été confirmé par des lanceurs d’alerte. En 2021, Frances Haugen a révélé que Facebook était conscient des effets néfastes d’Instagram sur les adolescentes : environ une jeune fille sur trois se sent mal après avoir utilisé la plateforme (2). Cependant, certains chercheurs rappellent que les réseaux sociaux ne sont pas les seuls responsables du mal-être des jeunes, qui est aussi influencé par la pression scolaire et les incertitudes face a l’avenir (2)(3).

Par ailleurs, l’usage excessif des écrans est un enjeu majeur de santé publique. Selon le Dr Servane Mouton, neurologue et neurophysiologiste, le temps passé devant les écrans a augmenté depuis la pandémie et perturbe le neurodéveloppement, les capacités de langage et relationnelles, ainsi que la santé mentale et physique. Partager du temps de qualité en famille apparaît comme un protection efficace contre ces effets : les moments de partage et les échanges authentiques permettent de renforcer le lien intergénérationnel et de réduire l’isolement des jeunes (4).

Le facteur scolaire qui s’ajoute

La pression scolaire constitue une facteur majeur de stress : les adolescents ressentent que leurs résultats conditionnent leur avenir, et l’orientation ou le choix des études est perçue comme irréversible, ce qui accentue anxiété et isolement (4). La famille peut jouer un rôle protecteur , apportant soutien et stabilité. À l’inverse, les conflits ou le manque de communication fragilisent la santé mentale, et les adolescents isolés sont plus exposés à la dépression, à l’anxiété et à certains comportements à risque (3).

Quelles solutions ?

Pour faire face à la détresse psychique des adolescents, le gouvernement a mis en place des chèques et des forfaits 100% psy pour enfants, adolescents et étudiants, offrant plusieurs séances gratuites et une orientation vers des professionnels (1). Malgré ces mesures, en 2021, seuls 3% des psychologues ont rejoint le dispositif, soit environ 2 000 professionnels, et plusieurs départements sont en manque de pédopsychiatres (1). Certaines universités ont commencé à former des premiers secouristes en santé mentale pour repérer les signaux de détresse, méthode qui a fait ses preuves en Australie, avec près de 1 500 étudiants formés dans 12 universités en 2021 et un objectif national de 5 000 jeunes secouristes (1).
Les jeunes disposent également de plusieurs lignes d’écoute et plateformes pour demander de l’aide, telles que Fil Santé Jeunes, Nightline France, Suicide Écoute ou le 3114, numéro national de prévention du suicide (1). Comme le souligne Marie Rose Moro, pédopsychiatre : «La chose dont les adolescents ont le plus besoin, c’est un sentiment de sécurité, un environnement et des liens ; la sécurité et les liens sont les deux éléments essentiels» (5).

En somme, la santé mentale des jeunes s’impose comme un enjeu majeur de société. Bien qu’il y ait de la prévention, de l’accompagnement et l’évolution des usages numériques, l’équilibre reste encore à construire…

Marie et Nino

1 : La santé mentale des jeunes [en ligne]. France Télévisions, 2023 [consulté le 23/03/2026]. 1 vidéo : 3 min 18 sec. Disponible à l’adresse : https://www.lumni.fr/video/la-sante-mentale-des-jeunes.

2 : Mérat, Marie-Catherine. Réseaux sociaux : enquête sur notre santé mentale. Epsiloon n°31, 01/2024, p.34-54

3 : Van de Velde, Cécile. La montée de la solitude dans la jeunesse est un tendance forte et structurelle de ces deux dernières décennies [en ligne]. Le Monde, 2024 [consulté le 23/03/2026]. Disponible à l’adresse : https://nouveau.europresse.com/Search/ResultMobile/10.

4 : Mouton, Servane. Journée professionnelle du 13 novembre 2025 à la médiathèque Noailles à Cannes.

5 : Ehrenberg, Alain. Santé mentale et société. Cahiers français n°426, 03/2022, p.16-25.