Synthèse – La dictature de la tendance
La bombe climatique de la fast-fashion

Le 4 mars dernier, Christophe Bechu, ministre de la transition écologique, réunit les
grands acteurs de l’industrie textile française afin de discuter encore une fois les enjeux de
la mode durable face au monopole de la fast-fashion. Ce mouvement croissant, valorisant
des textiles moins durables à bas coût bat des records pour son chiffre d’affaires qui atteint
200 milliards de dollars depuis l’arrivée en France des plus grands annonceurs digitaux
(Shein, Temu). Depuis cette guerre des prix, « les annonceurs ont pour beaucoup délaissé
les ménages autour de l’écologie », explique Florence Doré. Ainsi, l’entièreté de
l’écosystème de la mode, qu’il soit producteur ou consommateur, préfère acheter à bas prix
plutôt que de se soucier de l’impact écologique sur la planète.
Qu’est ce qui rend attrayant cette mode si polluante au yeux des français ?
Avec l’aide des réseaux sociaux, les influenceurs mettent en avant ce nouveau phénomène
de surconsommation. En effet, avec plus de 7 200 nouveaux modèles par jour, les
entreprises phares de l’ultra fast-fashion introduisent les consommateurs dans un cercle
vicieux qui encourage cette consommation non-nécessaire. De plus, la tendance aux prix
cassés et aux achats massifs par lots permettent à grand nombre de se vêtir à moindre coût.
Ainsi, la production mondiale de la fast fashion a doublé entre 2000 et 2014 malgré le fait
que la durée de vie des produits a diminué d’un tiers. Cette addiction à l’achat nous fait
oublier les conséquences dramatiques sur le plan écologique mais aussi humain.
Quelles sont les conséquences de cette surproduction?
Selon l’Agence de la transition écologique, plus de 100 milliards de vêtements sont vendus chaque année dans le
monde. La fast-fashion présente une réelle impasse du système économique, avec la
pollution et la destruction des écosystèmes mais aussi la violation des droits humains. Avec
4 millions de tonnes de matière textile jetés en Europe par an, l’industrie de la fast-fashion
équivaut à 4 milliards de tonnes de CO2, c’est à dire plus que l’impact des vols
internationaux et du trafic maritime réunis. Ce secteur de la mode produit plus de 20% des
émissions mondiales de CO2. La production de textile, tel que le jean, demande 7 500 litres
d’eau pour une pièce. De plus, la production des fibres synthétiques a dépassé celle des
fibres naturelles avec 48 millions de tonnes de polyester utilisées en 2015. Après achat, le
lavage du polyester relâche des micro fibres plastiques dans les cours d’eau et les océans,
équivalents à plus de 50 milliards de bouteilles plastiques jetées par an dans les océans.
Cette production a donc des conséquences sur l’environnement mais aussi sur le plan
humain.
Depuis l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh en 2013 ayant fait plus de 1
100 morts, les conditions de travail dans l’industrie de la mode ont été révélées au grand
jour. Nous notons par exemple que les ouvrières du textiles sont maltraitées au Bangladesh
et au Pakistan avec une main d’œuvre exploitée (0,32$ de l’heure). Effectivement, cette
main d’œuvre payée à bas prix n’a souvent pas de protection sociale.
Comment « réduire l’impact environnemental de la fast-fashion »?
Le 14 mars dernier, l’Assemblée Nationale vote favorablement à l’adoption de la loi visant à réguler l’ultra
fast-fashion et à freiner les excès de la surconsommation. Ces sites de ventes ont
désormais l’obligation d’afficher des messages sensibilisants sur le sujet et à encourager la
réparation et le recyclage. Un eco-score sera lui mis en place d’ici fin 2024 qui engendra des
malus écologiques afin de pénaliser financièrement les entreprises de fast-fashion. Par la
suite, au 1er janvier 2025, la publicité pour la mode express et la promotion de ces
entreprises sera interdit sous peine d’amendes. De plus, une autre proposition de loi est
soutenue, qui elle aussi, pénalisera la fast-fashion. Selon Greenpeace, des marques plus
respectueuses de l’environnement telles que Veja ou Patagonia commencent à apparaître
afin de proposer des produits responsables et répondant aux envies des consommateurs.
Finalement, nous pouvons compter sur le combat entre fast fashion et seconde main pour
renverser la tendance. En effet, les applications telles que Vinted ou Vestiaire Collective
prennent de plus en plus d’ampleur en remettant au goût du jour la mode de la seconde
main.
Pia T., Charlotte C., Sofia J. – STANISLAS