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INTERVIEW : La surpêche : Interview du plus vieux pécheur de Cannes

« Quant aux poissons, vous ne verrez bientôt plus de poissons qui sautent sur les marchés, à Nice ou à Cannes. Vous ne verrez plus que les cubes ! »

La pêche excessive ou pêche destructive pratiquée par l’homme sur certains poissons, crustacés ou mollusques, inquiète aujourd’hui car elle met en péril l’écosystème. Nous avons eu la chance d’interviewer le plus vieux pêcheur de Cannes, qui a bien voulu nous répondre sur le problème de la surpêche ! 

Gilbert Dubbiosi est un patron pêcheur à Cannes depuis l’âge de 14 ans.

 

En tant que professionnel, quel est votre regard sur la surpêche?

C’est vrai qu’elle existe, mais ça fait bien 45 ans déjà. Avant c’était une pêche artisanale, comme nous sur la Cote d ‘Azur. Quand l’Europe est arrivée, ils ont subventionné des pêcheurs pour acheter des bateaux encore plus gros, et produire avec encore beaucoup plus de puissance, voire doubler ou tripler leur capacité, avec des filets qui font maintenant des centaines de mètre de large. Automatiquement, ces bateaux ont bien entamé tout le stock. Entre-temps, l’Europe a subventionné des bateaux-usine que les supermarchés ont fabriqués. Ils ont leurs propres bateaux qui font plus de cent mètres de long, donc vous ne voyez jamais de poisson à bord. Tout se passe dans les cales, c’est découpé et mis en boite, et quand le bateau revient au port, il débarque avec des boites de conserve ! 

Depuis quand ce mouvement s’est-il accéléré, et quand avez-vous perçu cette évolution dans votre activité ?

Cela a commencé il y a bien 30 ans. Sur la Côte, tous les gros bateaux de pêche sont interdits car il y a des fonds assez rocheux. Pendant quelques années nous avons été privilégiés grâce à ça. Nous avons commencé à ressentir la surpêche quand les poissons de passage comme la sardine ou le maquereau se faisaient moins nombreux lors des pêches.

Les réglementations sont-elles assez strictes pour éviter la surpêche ?

Non, pas du tout. Les réglementations sont assez élevées pour des petits pêcheurs, on nous impose de plus en plus de choses maintenant. Actuellement il faudrait qu’un pêcheur soit bac + 5, parce qu’on nous demande de faire par ordinateur le boulot que faisaient les affaires maritimes. Si vous vous trompez et si les affaires maritimes vous contrôlent, il nous disent qu’on n’est pas en règle ! Par contre, on développe ces bateaux-usines. Je ne sais pas ce que l’avenir réserve, je ne serai peut-être plus là, mais la petite pêche est prête à disparaître. Quant aux poissons, vous ne verrez bientôt plus des poissons qui sautent sur les marchés, à Nice ou à Cannes. Vous ne verrez plus que les cubes !

H.K, A.P, M.S, LP. Don Bosco.