Portrait: OLIVIER PASQUETTI, acteur de la préservation d’une langue régionale
Professeur de niçois depuis 20 ans, Olivier Pasquetti enseigne en mettant en avant la particularité linguistique et culturelle de sa ville natale, il en préserve le patrimoine immatériel.
Ce matin, nous avons rencontré Monsieur Pasquetti, professeur de niçois au lycée Masséna. Il s’apprête à partir en Corse avec ses élèves à l’occasion d’un séjour linguistique. Il nous a accordé cet entretien le matin du départ afin de partager son enthousiasme pour les langues régionales. Souriant et avenant, il nous retrouve au CDI pour nous raconter son parcours et son engagement.
Né et scolarisé à Nice, il entre au lycée et choisi l’option « niçois ». C’est à ce moment qu’il nous révèle avoir eu l’envie d’enseigner cette langue. Il obtiendra par la suite une licence en langues, cultures et civilisations régionales et en 2005 puis le CAPES (Certificat d’Aptitude Professionnelle à l’Enseignement Secondaire) de professeur d’occitan. Après quelques années loin de Nice, qu’il qualifie d’ « exil », il revient enfin dans sa région natale. Et depuis 13 ans il est en poste au Lycée Masséna en tant qu’unique professeur de niçois.
« Savoir où l’on va mais d’abord savoir d’où l’on vient »
M. Pasquetti nous fait comprendre que, bien qu’il faille pratiquer le français, il est dommage de se contenter d’une langue et d’une culture uniques. Il souligne que cette langue et culture françaises, qui nous réunissent, sont indispensables, mais qu’il ne faut pas oublier que, sur le territoire français, il y a historiquement des patrimoines régionaux différents tels que le corse, l’occitan, le breton ou encore le créole. Selon lui, il faut valoriser la pluralité linguistique et culturelle qui fait aussi la richesse du patrimoine français. Il remarque d’ailleurs avec plaisir qu’il y a, depuis une vingtaine d’années, un regain d’intérêt de la part des élèves pour découvrir ce patrimoine immatériel. C’est dû, d’après lui, à plusieurs facteurs comme le rejet de la mondialisation, la « nissardité » liée au football (OGC Nice), notamment l’impact de l’hymne « Nissa la bella », présente dans le cœur des supporters et au développement de la spécialité langue régionale. Mais par-dessus tout, une volonté de connaissances et d’enrichissement est présente chez les Niçois, dit-il.
Les difficultés auxquelles la langue fait face
Cependant, la tâche est rude, nous confie-t-il, l’enseignement des langues régionales reste marginal, à cause du nombre restreint de postes disponibles, rendant le concours extrêmement sélectif et exigeant. Dans le cas de la langue niçoise, c’est seulement trois postes éligibles en concours. La langue étant facultative, les enseignants doivent être sûrs d’apporter une richesse aux élèves, malgré tout, il y a plus de demande que d’offre. Il poursuit en exposant un manque de communication et de mise en valeur dont pâtit cette option, pourtant souvent proposée dans les établissements scolaires. En conséquence, elle reste mal considérée, jusqu’aux coefficients au baccalauréat. Selon lui, il y a un problème avec le respect des lois sur les langues régionales et leur promotion car la loi permet d’imposer un degré d’information et une initiation dès la primaire, cependant, elle n’est pas réellement appliquée afin de promouvoir la langue de la région.
Un engagement qui porte ses fruits
« Qu’on passe du bac à sable au baccalauréat«
De son côté, M. Pasquetti, de sa propre initiative, va à la rencontre d’élèves au sein des collèges niçois, afin de faire connaitre l’existence de l’option dans les lycées environnants. Il souhaite l’application des lois avec plus de rigueur, notamment la loi Molac, du 21 mai 2021, et plus particulièrement l’article 7, qui vise à généraliser l’offre de cet enseignement. Il cherche également à généraliser l’organisation d’évènements extérieurs par la collaboration d’associations culturelles, d’élus ou d’artistes. Cette solution a déjà prouvé son efficacité par la promotion d’activités niçoises telles que la dictée, le marché littéraire ou bien les jeux de sociétés traditionnels.
Par son humour et son engagement, ce professeur ne cesse de défendre cette cause qui lui tient à cœur. Il désire « Qu’on passe du bac à sable au baccalauréat » dans la continuité de l’apprentissage de la langue niçoise.
C’est donc avec passion et militantisme que Monsieur Pasquetti contribue à la préservation de ce patrimoine niçois immatériel précieux. Depuis 2021, la ville de Nice est est inscrite sur la liste du patrimoine mondial par l’UNESCO, au titre de « Ville de villégiature d’hiver de Riviera », les bonnes volontés des amoureux du pays comme Monsieur Pasquetti nous permettent de sauvegarder et de transmettre ce patrimoine.
Par Fadia et Elodie
