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Interview : IA : les graphistes en péril ?

L’IA est loin de pouvoir remplacer la réflexion et la conceptualisation – Hélène Titre

L’intelligence artificielle (IA) avance de manière spectaculaire et prend de plus en plus de place dans la création artistique, notamment dans le domaine du graphisme et du design. Si certains y voient une opportunité, d’autres considèrent l’IA comme une menace pour les professionnels de ces secteurs. Alors, comment les graphistes et designers se positionnent-ils face à cette évolution technologique ? L’IA représente-t-elle une aide précieuse pour leur travail créatif, ou constitue-t-elle un danger pour l’avenir du métier ? Pour en savoir plus, nous avons interrogé Hélène Titre, graphiste, webdesigner et enseignante en DNMADE Graphisme.

En tant que graphiste, comment percevez-vous l’arrivée de l’IA dans le domaine du design ? Une possibilité ou une menace ?

Cela dépend du contexte. L’IA peut être perçue comme une possibilité, car elle offre de nouvelles opportunités, notamment pour automatiser certaines tâches répétitives et améliorer l’efficacité. Cependant, elle peut aussi être perçue comme une menace, surtout si elle est utilisée de manière excessive ou sans discernement, au détriment de la créativité humaine et de la singularité qui caractérisent le métier de graphiste.

Selon vous, quelles sont les tâches créatives que l’IA ne pourra jamais accomplir ?

L’IA est loin de pouvoir remplacer la réflexion et la conceptualisation. La créativité humaine, nourrie par l’expérience personnelle, les émotions et la culture, demeure irremplaçable. Bien que l’IA puisse produire des résultats visuellement intéressants, elle n’a pas la capacité d’élaborer des concepts originaux et profonds, ni d’apporter une vision unique à un projet créatif.

Avez-vous déjà utilisé des outils IA dans votre travail ? Si oui, comment cela a-t-il changé votre façon de créer ?

Oui, j’ai utilisé plusieurs outils IA. Par exemple, j’utilise un outil pour m’aider dans la rédaction, notamment pour la formulation de mails professionnels ou la correction de fautes. Cela m’aide à être plus efficace et à maintenir une communication claire avec mes clients. En parallèle, certains logiciels de retouche photo que j’utilise intègrent des fonctionnalités IA pour recréer des éléments visuels, comme de la matière, lorsqu’un cadrage est mal choisi ou lorsqu’un visuel est trop court. Cela m’aide à gagner du temps, mais cela ne remplace pas la vision et les choix artistiques humains.

Pensez-vous que l’IA peut rendre le graphisme plus accessible ? Ou au contraire, dévaloriser le métier de graphiste ?

L’IA peut rendre le graphisme plus accessible, c’est certain. Elle permet à un plus large public de s’initier à des outils de création, même sans formation spécifique. Cependant, cette accessibilité présente aussi des inconvénients. L’utilisation généralisée d’outils IA peut dévaloriser le métier, car des personnes sans compétences en design peuvent produire des résultats qui semblent professionnels, mais manquent souvent d’originalité. De plus, les résultats produits par l’IA ont tendance à être uniformisés, ce qui nuit à la singularité des créations. Sur des plateformes comme LinkedIn, où les visuels sont souvent utilisés pour les communications professionnelles, cette standardisation des visuels fait perdre toute personnalité aux créations.

Dans le futur, comment imaginez-vous la collaboration entre les graphistes et l’IA ?

Je n’ai pas de certitudes sur la manière dont cela va évoluer, mais je pense que l’IA deviendra un outil intégré au quotidien des graphistes, au même titre que les logiciels de retouche ou les outils de production. Cependant, l’IA ne pourra jamais remplacer la réflexion et le discernement humains. Elle sera utilisée pour automatiser certaines tâches et assister les créatifs dans des aspects techniques, mais les décisions créatives et stratégiques resteront entre les mains des professionnels. L’IA ne possède pas de vision propre et n’est pas capable de comprendre un projet dans sa globalité de la manière dont un être humain le ferait.

Quels conseils donnez-vous à vos étudiants avant qu’ils ne se lancent dans la vie professionnelle ? L’IA change-t-elle la manière dont vous formez les élèves ?

Mon principal conseil est de rester curieux, car c’est la curiosité qui permet de se démarquer sur le long terme. Je leur recommande aussi d’être professionnels dans toutes les situations : arriver à l’heure, avoir une attitude irréprochable et être toujours prêts à apprendre. Quand ils n’ont pas de tâches spécifiques à accomplir, il est important d’utiliser ce temps pour se former ou pour proposer son aide aux collègues. En ce qui concerne l’IA, elle fait partie des outils que les graphistes devront maîtriser. Je forme mes élèves à l’utilisation de ces technologies tout en insistant sur l’importance de garder une vision critique et de ne pas se laisser guider uniquement par l’outil. L’IA ne doit pas devenir une béquille, mais un outil de soutien à la créativité.

Interview réalisée par Nadir, Youcef, Zoubair et Nathan