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A la rencontre des pénitents

Ce matin nous avons rencontré Gérard Colas, ancien prieur et pénitents noirs, et son épouse Marie-Claire, également très engagée dans les bonnes œuvres. Tous deux nous ont accueillies dans la chapelle de la Miséricorde, au vieux Nice, aussi appelée: chapelle des pénitents noirs, et nous ont livré avec générosité, leur histoire personnelle dans la confrérie, sur fond d’Histoire des confréries de pénitents à Nice. Un portrait:

Retable de l’Église de la Miséricorde (Vieux Nice)

Du côté historique

Les premières confréries ont été crées par Saint Bonne Aventure, un franciscain du XIIIe siècle, pour faire face à la misère humaine. Ils ont créé des associations de charité et de prière qu’on appelle les confréries et qui rassemblent principalement des laïcs pour y créer des unions. Les premières confréries émergent à Rome pour s’étendre par la suite dans toute l’Europe catholique.

L’histoire commence  au XIIIe siècle avec les pénitents blancs. Eux ont été créés pour « faire de ce monde de chaos un monde plus hospitalier pour les plus démunis » d’après Gérard Colas. Ensuite les pénitents noirs se constituent dans le Sud Est de la France (notamment à Nice)  en 1326. Ils ont émergé suite à la famine dévastatrice du bassin méditerranéen. Après sont apparus les pénitents bleus  en 1431 et enfin les rouges en 1789. Chacune de ces confréries accomplissait des tâches pour aider la ville telle que l’organisation de funérailles, de mariages, donner à manger aux plus  pauvres ou enseigner la foi aux plus jeunes (le catéchisme de maintenant).

Nous les avons rencontrés en tenue civile, bien entendu, cependant, ils nous ont révélé le rôle de la tenue de cérémonie des pénitents. Ils ne dévoilent pas leur identité et se cachent le visage sous une grande cagoule, car la vraie charité est anonyme! Cependant, ce vêtement traditionnel ne se porte plus de nos jours.

Chaque ordre de pénitent a ses spécialités en fonction de la couleur:

Procession des pénitents noirs le 8 décembre

Les blancs s’occupaient des malades, les noirs se consacraient aux condamnés à mort et aux pauvres, les bleus donnaient leur amour aux orphelins, enfin, les rouges se rapprochaient des pêcheurs. (source: Nice Matin)

 

D’un point de vue personnel…

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les pénitents noirs sont une association de laïcs. Marie-Claire et Gérard Colas ont conservé leur vie professionnelle et familiale tout en s’engageant à vie au sein de l’Archiconfrérie. Ils sont devenus pénitent noir et dame de la miséricorde par cooptation. En effet, c’est un ami qui les a intronisés. Ils ont dû passer par le noviciat qui est une période durant laquelle on apprend à se connaître. Après 12 mois, le couple a pu intégrer la confrérie, une cérémonie a eu lieu pendant la messe pour l’occasion. Gérard et Marie-Claire Colas nous ont montré « le sac », la tenue noire que l’homme enfile pendant la cérémonie.

Leur décision d’intégrer les pénitents noirs était en accord avec une valeur qui leur est chère, une idée, qui est celle de rendre service, ce qu’ils faisaient à travers le scoutisme pour Marie-Claire Colas, ou encore le catéchisme qu’ils donnaient à des collégiens. Cette proposition et ce choix final correspondait à l’éducation, et aux valeurs religieuses qu’ils ont reçues. Toutefois, elle rajoute que si l’occasion d’intégrer les pénitents blancs ou autre confrérie s’était présentée, ils seraient peut-être des pénitents blancs aujourd’hui. « Cela dépend des occasions et opportunités. » nous rappelle-t-elle.

« Le but est le même, avoir de la charité pour les autres et s’engager pour aider les autres. » dit Marie-Claire Colas.

Cette idée de rendre service se reflète au sein de la confrérie par des œuvres mais aussi par des missions caritatives que chacun accomplit. « La confrérie a deux œuvres majeures qui sont les funérailles et le Fourneau Économique (association humanitaire affiliée au Diocèse de Nice), mais chaque personne a peut-être des œuvres particulières, […] qui sont propres à chacun. » Gérard Colas nous donne des exemples : la préparation au mariage, le catéchisme, le service de repas gratuits au Fourneau Économique, sont des œuvres qu’ils accomplissent dans leur vie quotidienne personnelle. Marie-Claire Colas rend aussi visite toutes les semaines à une personne un peu isolée.

Gérard Colas a eu l’opportunité de devenir prieur, c’est-à-dire être chef de l’association, du conseil d’administration. C’est un poste qui se renouvelle, Gérard Colas a occupé cette fonction deux fois pendant trois ans, puis plus tard, une nouvelle fois pendant trois ans. Il est devenu prieur sur proposition des membres de l’Archiconfrérie. C’est en toute humilité qu’il nous explique qu’il ne faut pas avoir de capacités particulières pour occuper cette fonction mais sa femme n’est pas de cet avis. En effet, la chapelle avait nécessité des travaux de restauration, une aptitude à diriger un chantier d’un point de vue financier et organisationnel, ça fait beaucoup à gérer, en plus des obligations liées à la confrérie et, bien sûr, du travail personnel .

Les pénitents ont une riche histoire très intéressante. Bien que les années passent, les fondations de la confrérie des pénitents noirs sont toujours solides. L’esprit de communauté, d’acceptation, d’humilité n’ont pas disparu et le couple Colas continue à porter ces belles valeurs.

« C’est une question d’état d’esprit, il faut avoir envie de s’entraider. » nous livre Marie-Claire Colas.

Malgré l’âge de la confrérie, quarante-cinq personnes y sont toujours rattachées et continuent à s’engager, chacune à sa manière. Les convictions des pénitents noirs ne se sont pas effacées et continuent à exister à travers les membres de la confrérie et dans la Chapelle de la Miséricorde.

Par Dickel, Lina et Naomi