Culture

PORTRAIT : Claire Gibault, le combat pour les femmes dans la direction d’orchestre

En regardant la Maestra sur arte, concours international réservé aux femmes cheffes d’orchestre, nous avons eu l’idée d’interview la fondatrice de la Maestra, Claire Gibault !

« Je pense que la musique apporte beaucoup à la société, au développement de chaque personne et que la musique doit jouer un rôle important dans l’apaisement de la société justement ».

Claire-Gibault-©-Masha-Mosconi

Alors qu’elle était invitée comme membre du jury d’un concours à Mexico, un concours de direction d’orchestre international mixte peu de femmes étaient sélectionnées. Ils avaient sélectionné 12 candidats et candidates. Il y avait trois candidates sur les 12 et dans le jury elle était la seule femme. Dès le premier jour un chef d’orchestre assez âgé lui a dit « Madame, mon médecin qui est un grand scientifique me dit que les femmes biologiquement ne peuvent pas être chef d’orchestre ». Claire Gibault a alors éclaté de rire parce qu’elle pensait que c’était une blague et lui a rétorqué « mais qu’est ce qui biologiquement nous empêcherait de diriger un orchestre? ». La réponse fut incroyable : « Les femmes ont les bras tournés vers l’avant pour porter les bébés ». 

Elle décida alors de créer un concours pour les femmes. Comme le directeur la trouvait légitime de porter ce projet, et qu’elle avait déjà des soutiens financiers, elle se sentit « bien accueillie ». Le projet fut rapidement concluant. 221 candidats de 51 nationalités différentes. Malheureusement, il n’y avait « seulement que 4% de femmes qui étaient invitées à diriger les orchestres dans les grandes institutions ». Au quatrième concours, les 12 % ont été dépassés. Une petite avancée, mais une avancée tout de même. Cependant, la France semble rester timide par rapport au reste du monde. 

En effet, les hommes ont plus de réseaux dans les institutions et les orchestres que les femmes. Inclure les femmes nécessite du temps de réunion et de discussion en plus, temps précieux que la plupart des musiciens, vieux comme jeunes, refusent de prendre. Il y a alors un paradoxe, « beaucoup d’hommes médiocres qui dirigent sans que personne ne se pose de questions mais on veut que les femmes qui dirigent soient vraiment géniales ». Autrement dit, les exigences et les attentes sont bien plus élevées pour les femmes que pour les hommes. 

Pour le prochain concours, Claire Gibaut va « essayer de lutter davantage contre l’âgisme et essayer de sélectionner des candidats qui soient un petit peu plus âgés pour qu’il n’y ait pas cette tyrannie de la beauté ». 

Lorsque le concours aura atteint les 50% de participation féminine, la maestra confie qu’elle envisagera de transformer le concours en concours mixte. Autre élément encourageant, quatre jurys sont des femmes sur les sept présents au concours. 

Toutefois, ce projet ne fait pas l’unanimité. « J’ai quand même reçu des lettres d’hommes, des lettres injurieuses. Il y a un type qui m’a écrit : « Madame, il n’y a aucune discrimination à l’égard des femmes, il faut simplement que vous acceptiez que vous êtes moins bonnes ». Il y en a un autre qui a même menacé « de nous poursuivre en cours de justice européenne pour discrimination ». 

Elle, ce qui l’intéresse, c’est « la personnalité musicale » et le don pour transmettre à l’orchestre ses connaissances et sa passion pour la musique, pour l’œuvre qu’elle est en train de diriger. L’orchestre doit partager avec elle « un moment de passion musicale ». Sans oublier les capacités techniques. 

Mais finalement, hommes ou femmes, là n’est pas la question pour Claire Gibaut : « Moi, ce qui m’intéresse, c’est qu’on soit embarqué dans un monde musical et qu’on vive quelque chose ». Il faut donc que le chef, ça soit quelqu’un qui inspire l’orchestre. « Je dis toujours que je ne veux pas dominer les musiciens » car ils sont déjà excellents selon elle.

Face au moment de doute, elle se rassure : « 80 musiciens, il y en a forcément quelques-uns qui ne vous aiment pas, il faut faire avec ». C’est pour cette raison qu’aucune femme ne doit s’empêcher d’atteindre ses rêves. « Fais un groupe de musiciens et avec des amis que tu aimes bien. Entraîne-toi toute seule, n’attends pas qu’on vienne te chercher. N’attends pas. »

 

Noémie Benizri

Prune Chassin Florent

Hannah Chouial