CultureL'Aiglon

Comment les faussaires ont réussi à tromper l’œil habile des critiques d’art ?

Certaines personnes produisent des copies frauduleuses d’œuvres d’art célèbres, soit pour gagner de l’argent, soit pour tromper les critiques d’art, soit tout simplement par défi. Ces personnes sont appelées des faussaires d’art. Ces habiles peintres imitateurs d’œuvres amassent une fortune parfois colossale et représentent ainsi un business lucratif. Qui sont ces petits peintres qui ont imité les plus grands à la perfection, et comment s’y sont-ils pris ?

Dans l’histoire, il y a eu beaucoup de talentueux imitateurs. Nous allons vous présenter 3 d’entre eux :

Han Van Meegeren

Tout d’abord, Han Van Meegeren, né en 1889 aux Pays Bas, à Deventer. Il s’est rapidement passionné pour l’art, mais son père ne considérant pas sa vocation comme un véritable métier, il fit des études d’architecture à la Hogeschool de Delft.

Il fut très inspiré par son professeur Bartus Korteling qui lui fit éprouver très tôt le désir d’être peintre. Il s’intéresse tout particulièrement à l’âge d’or des Pays Bas dont il s’inspire pour réaliser ses œuvres. Cette période de l’histoire des Pays Bas est comprise entre 1584 et 1702, où ce pays va connaître un grand développement démographique, économique, artistique et culturel.

Soutenu par sa femme, il organise sa première exposition personnelle à La Haye en 1917, puis une seconde en 1922, mais cette fois il va se faire dénigrer par les critiques d’art, qui vont qualifier ses œuvres d’imitations fatiguées des classiques de l’âge d’or des Pays Bas. Il va donc décider de se venger des critiques, et montrer au monde qu’ils ne méritent pas le statut presque sacré qu’on leur attribue.

Il va donc décider de faire un faux Vermeer, un grand peintre Néerlandais. Il va choisir Les Disciples d’Emmaüs, mais il va tout de même devoir recopier à l’identique un tableau vieux de 300 ans, qui ne doit pas être fait avec des peintures et des toiles modernes.

Il va donc racheter une toile sans valeur de l’époque, dont il va retirer la peinture avec de la pierre ponce, puis il va fabriquer lui-même sa peinture avec les techniques de l’époque et son pinceau en poil de blaireau comme ceux qu’utilisait Johannes Vermeer. Une fois le tableau peint, il va le faire cuire dans un four pour faire durcir la peinture, il va enrouler la toile autour d’un bâton pour faire des craquelures, puis il va déposer de l’encre de Chine et de la saleté dans ces craquelures pour simuler le passage du temps.

Après tous ces procédés, le tableau a l’apparence d’un tableau vieux de 300 ans. Mais, le problème est que son tableau ne passe pas le test de l’alcool. En effet, il s’agit un test qui consiste à frotter un coton imbibé d’alcool sur la toile d’un tableau : si la peinture bave, c’est qu’elle est récente, et si la peinture ne bave pas, c’est qu’elle est très ancienne. Pour pouvoir passer ce test sans encombre, il va recouvrir son tableau d’un vernis à base de bakélite, un polymère synthétique qui durcit rapidement à la chaleur. Donc, avec ce vernis, le tableau ne bavera pas lors du test.

En 1937, il va présenter son tableau au plus grand expert en la matière, Abraham Bredius, qui va examiner le tableau qui présente bien tous les signes du passage du temps, et va passer le test de l’alcool : la peinture ne bave pas ! Alors son tableau est certifié authentique, et va être acheté par le musée Boijmans de Rotterdam pour ce qui vaudrait à peu près 4 millions € actuels. Il a donc continué à fabriquer de faux tableaux.

On sait que son business lucratif a pu lui donner des bénéfices plus que conséquents, en effet les spécialistes estiment qu’il aurait récolté entre 25 et 30 millions de dollars. Mais il révélera tout de même la supercherie des années plus tard.

Fernand Legros

Un autre faussaire a eu lui une importance mondiale. Il est considéré comme un des plus grands faussaires du marché de l’art de la seconde moitié du XXe siècle.

Après une enfance passée en Égypte, Fernand Legros s’installe en France et acquiert par mariage la nationalité américaine. Durant des années, il vend dans le monde entier des reproductions d’oeuvres célèbres réalisées par son collaborateur Elmyr de Hory, réussissant d’un coup de maître à tromper les acheteurs, notamment aux États-Unis, auxquels il vend 44 tableaux qui se révèlent faux. Il y a eu aussi des personnes arnaquées en Amérique du Sud. Mais ce falsificateur de génie avait mis en place une astuce presque imparable : il disposait de nombreux certificats d’authenticité délivrés par la famille de l’artiste voire parfois par les peintres eux-mêmes.

C’est à partir de 1963 qu’il commence à faire parler de lui sur la scène judiciaire, après avoir vendu un faux Toulouse-Lautrec et suscité de manière immédiate la méfiance et le doute. En 1968, Fernand Legros est trahi par son collaborateur Elmyr de Hory et est interpellé à Genève. Son camarade avoue en effet être de mèche avec lui pour la création de 80 fausses copies artistiques. Cet événement est sans répercussion judiciaire pour Fernand.

En 1973 il est interné dans un hôpital psychiatrique en Suisse et, craignant l’extradition en France, il fuit au Brésil où il est arrêté à Rio de Janeiro. Extradé en France, il est emprisonné à la prison de la Santé. Il est libéré sous caution et prépare sa défense. Il est condamné par la suite à deux ans de prison et 15 000 francs d’amende. Il ne récupérera réellement jamais sa grandeur d’antan et finira par mourir à 52 ans d’un cancer de la gorge.

Evoquons finalement un dernier grand artiste qui par son intelligence a réussi à fabriquer des sculptures de Rodin, le tristement célèbre Guy Hain.

Guy Hain

Guy Hain est quant à lui un faussaire spécialisé dans la contrefaçon de sculpture, notamment dans les œuvres du très célèbre Rodin. Il s’associe de manière ingénieuse à la fonderie Georges Rudier et récupère sans scrupule des moules de Rodin pour couler une nouvelle version des œuvres du célèbre artiste sans demander l’accord du musée Rodin.

Il ira même jusqu’à imiter la signature avec le nom d’Alexis Rudier. Cette première opération que l’on peut qualifier d’audacieuse est couronnée de succès, et aveuglé par cette réussite, il décide de racheter une fonderie dans le Nord Est de la France afin d’automatiser sa fabrication de fausses sculptures.

Mais la Roche Tarpéienne n’est pas loin du Capitole. Il subira un procès judiciaire et écopera de 4 ans de prison et 200 000 francs d’amende par le tribunal de la Lure. Mais le bilan sera lourd, aujourd’hui, on estime qu’il a créé environ 6000 contrefaçons d’une valeur avoisinant les 130 millions de francs.

 

Ces différents artistes ont chacun d’une manière ou d’une autre réussi à faire passer des fausses œuvres d’art pour des authentiques.

Et nous pouvons considérer que, même si c’est de l’escroquerie, cela relève tout de même de l’art.

Han Van Meegeren, par exemple, a imité le passage du temps avec une subtilité fascinante. Dans le cas de Legros, il a su trouver la faille dans un système et l’exploiter, il réussit avec grandeur et intelligence à troubler et escroquer de nombreux acheteurs d’œuvres d’art et laisser son nom à jamais dans l’Histoire.

Quant à Hain, il a eu une idée qu’on peut qualifier de révolutionnaire, car elle permet de recréer des œuvres d’art uniques. D’ailleurs, je pense que ces moules sont eux-mêmes des œuvres d’art, car ce sont elles qui ont permis d’engendrer celles de Rodin.

En bref, ils avaient chacun leur objectif, et chacun à sa manière s’est tout de même laissé attirer par l’argent, a escroqué des centaines de personnes, et par conséquent a laissé son nom dans l’Histoire.

Tristan et Aron

 

 

Sources : Wikipédia, le monde, France inter, le journal des arts

Sources des images :