Comment garantir aux Niçois un air plus « respirable » ?
Les enjeux de l’environnement et notamment de la qualité de l’air, sont aujourd’hui connus, par conséquent, nous avons enquêté pour découvrir les mesures prises et envisagées par la ville de Nice pour répondre à ces problématiques. Nous avons pu interroger le maire de Nice, Christian Estrosi, à propos de ses actions et de leurs conséquences : entretien.
La pollution a, de façon scientifiquement prouvée, un impact négatif sur la santé : elle provoque notamment des maladies chroniques et un recul de l’espérance de vie. Selon l’OMS, la pollution de l’air serait associée à 6,7 millions de décès prématurés par an dans le monde.
La « bétonisation » des villes lors des dernières décennies, la « goudronisation » des espaces ainsi que la multiplication des voies de transport conduisent inexorablement à une dégradation de la qualité de l’air. Les enjeux liés à la pollution sont donc au cœur du débat public et préoccupent nombre de spécialistes, de militants associatifs et de citoyens. Ce débat légitime nous oblige à nous interroger sur les actions à mener pour faire face au fléau de la pollution : quelles solutions ?
Nous nous sommes livrés à l’exercice du « micro-trottoir » en interrogeant des passants sur la Coulée verte, espace arboré en cœur de ville de Nice. Kathy, 55 ans, habitante de la vallée des Paillons qui travaille dans le centre de la 5ème ville de France et utilise majoritairement sa voiture pour ses déplacements domicile-travail nous le dit de but en blanc : « j’attends avec impatience l’arrivée du tramway pour pouvoir laisser ma voiture et m’enlever le stress des embouteillages ». Jordan, 20 ans, étudiant en BTS qui habite dans les quartiers Est de Nice, a fait son choix de mobilité: « je me suis mis au vélo : je gagne du temps dans mes déplacements, et, je diminue mon empreinte carbone ».
Cet espace en cœur de ville permet une absorption des gaz polluants et un rafraîchissement pendant les fortes chaleurs (Christian Estrosi)
Le Maire de Nice et Président de la Métropole Christian Estrosi a eu la gentillesse de répondre à nos questions. Pour lui, « les conséquences des politiques d’urbanisation mises en place durant la deuxième moitié du XIXe siècle sont terrifiantes ». Il explique que les enjeux environnementaux font partie de ses priorités et nous dresse la liste des réalisations et projets de la Métropole Nice Côte d’Azur pour répondre aux défis environnementaux. « Dès 2011, la création de la Promenade du Paillon, un espace totalement vert qui se substituait alors à une gare routière était un acte important ». Pour le maire de Nice, ces aménagements, et leur extension en cours [la coulée verte s’étendra bientôt, sur l’axe du Paillon, jusqu’à l’actuel Palais des expositions NDLR], ne répond pas seulement à une volonté d’embellissement des espaces publics, mais bien à des préoccupations environnementales appuyées sur les données du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). «Cet espace en cœur de ville permet une absorption des gaz polluants et un rafraîchissement pendant les fortes chaleurs ». Il poursuit: « son aménagement entraîne une réduction des axes routiers en centre-ville et par conséquent une diminution des gaz à effet de serre. »
Il n’hésite pas à revendiquer qu’ « on observe une nette différence» avec les autres villes de France et se félicite du fait que la ville de Nice soit « la ville de plus de 200 000 habitants la plus arborée de France » et que depuis son arrivée aux responsabilités « l’émission locale de NO2 a diminué de 64% et celle des particules fines de 34% ».

Pour Chrtian Estrosi, l’extension du réseau de transports décarboné est un autre moyen pour la Métropole de Nice d’agir en faveur de l’environnement. Ses 51 communes ont en effet engagé au sein de la Métropole la « décarbonation » de son réseau de bus et lance les projets d’extension du réseau de tramway avec les lignes 4 (vers Saint-Laurent du Var et Cagnes-sur-Mer) et 5 (vers La Trinité et Drap).
Le président de la Métropole martèle: « les lignes de tramway sont fréquentées par 300 000 usagers par jour, ce qui réduit considérablement les fréquentations des axes routiers polluants ».
Pour entendre une parole d’experts, nous nous sommes tournés vers Atmosud, l’observatoire régional pour la surveillance de la qualité de l’air sur le territoire de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Cet organisme indépendant agréé mesure de façon précise l’émission des gaz polluants sur le territoire niçois et métropolitain
Maïthé Rosier, chargée d’action territoriale des Alpes-Maritimes, a accepté de répondre à nos questions. Selon elle, « on remarque bien sûr que les transports décarbonés émettent moins de polluants, tels que le dioxyde d’azote ». La Métropole, adhérente d’Atmosud, a prévu d’utiliser le réseau de micro-capteurs de l’association pour mesurer, à la fin des travaux, l’impact de l’aménagement de la coulée verte sur la qualité de l’air. «On peut évidemment supposer qu’elle permettra localement une amélioration significative».

« Localement »: beaucoup d’enjeux sont dans cette nuance. Car, si selon la préfecture de Région, « le plan de protection de l’atmosphère des Alpes Maritimes a permis de diviser par quatre les populations exposées à un dépassement des valeurs limites entre 2010 et 2019 », on sait que le défi de la lutte contre la pollution se joue aussi (et surtout?) au niveau mondial.
Des pays comme la Chine ou les États-Unis, immenses pourvoyeurs de pollution de l’air, sont-ils prêts aux mêmes efforts? Les prises de position et les actes de leurs dirigeants ne donnent pas ce sentiment.
Toujours est-il qu’une volonté politique est nécessaire pour que des actions concrètes soient menées à tous les niveaux en vue de la lutte contre la pollution de l’air, de la préservation de la qualité de notre environnement et donc de notre santé, dans l’intérêt de l’humanité.
A n’en pas douter, ces questions seront aussi au cœur des débats, à l’occasion du sommet mondial sur les océans que la ville de Nice accueillera en juin prochain. NM
Solal P. et Ange V., correspondants
