Interview/ Alain Governatori : dans les coulisses de la musique à l’image
Artiste aux multiples visages, compositeur et interprète de musiques de films, d’émissions télé et de publicités, Alain Governatori nous parle de son parcours, de son métier de “compositeur à l’image” et des différences entre ces univers où la musique doit toujours s’adapter à l’image.
Bonjour Alain, pouvez-vous nous présenter votre formation musicale ? Votre parcours en tant que musicien ?
J’ai étudié la musique aux conservatoires de musique de MONACO et de NICE où j‘ai validé deux fois le premier prix de guitare (que l’on appelle aussi médaille d’or).
Mon parcours musical, j’ai joué de la guitare à droite à gauche dans les bars de jazz sur la côte d’azur et en ITALIE. Puis je suis monté à PARIS où j’ai joué dans les premières parties de nombreux artistes comme Patrick BRUEL, Vanessa PARADIS, Jacques DUTRONC, Dany BRILLANT. J’ai également joué pour la première partie de STING au Zénith de PARIS. J’ai arrêté en 2012 car ce métier manquait trop de stabilité.
C’est alors que je me suis lancé dans la création de « musiques à l’image » qui sont des musiques qui habillent les films, les émissions de télévision et les publicités.
Vous travaillez pour vous ou pour quelqu’un ?
Je travaille pour moi et pour les autres (rires). Je ne travaille pas en CDI (Contrat à durée indéterminée). J’ai des « contrats de projets » qui sont des CDD (Contrat à durée déterminée) qui durent le temps du projet comme par l’exemple le documentaire sur la patrouille de FRANCE (ATHOS: au coeur de la patrouille de France)qui est dans les salles de cinéma actuellement. Je travaille soit comme auto-entrepreneur, soit avec ma société (Une SASU = Société unipersonnelle par actions simplifié) car je peux alors facturer avec la TVA (Taxe sur la valeur ajoutée).
Quel est votre métier ?
« Compositeur à l’image ».
Etes–vous compositeur, ou interprète, ou les deux ?
Les deux. J’écris la musique sur l’ordinateur. J’ai un « clavier maître » qui est comme un piano électronique. Je joue sur un piano et grâce à un « plug-in », l’ordinateur me sort la musique que je viens de jouer avec l’instrument que je veux : piano, guitare, trompette. Pour certains instruments comme le piano, le travail est convenable, mais pour d’autres, il faut retravailler quand même.
Quels sont les films et émissions connus dont-vous avez fait la musique ?
J’ai fait la musique des films « Les déguns 1 » et « Les déguns 2 » .
J’ai fait des musiques pour des publicités télé pour l’Oréal ou pour Chanel.
J’ai fait des musiques pour des émissions télé comme l’Amour est dans le pré, Enquête exclusive, 50 minutes Inside, les traitres. On appelle cela « placer des sons ».
Quelle est la différence du métier de compositeur de musique de film et de musique d’émissions télé ?
Quand t’on fait une musique de film, on habille tout le film et c’est long. Pour une émission télé, tu vas faire les génériques de transition qui vont durer 30 secondes, 45 secondes et plus rarement une minute.
Dans un film, tu racontes une histoire et les scènes peuvent durer 4 minutes voire plus. On doit habiller les propos.
Dans un documentaire télé, on a un sujet, un récit ou une narration que tu dois habiller de 2 ou 3 minutes de musique.
Dans un magazine télé, il est traité de plusieurs sujets. On peut faire 100 ou 200 morceaux de 20 secondes qui vont changer à chaque sujet, à chaque émotion.
Comment appréhendez–vous le travail avant de composer?
Cela dépend du sujet. Il faut adapter le style de musique. Pour la télé, on sait ce qu’ils veulent et on s‘inspire par exemple des musiques des grands compositeurs pour créer.
Des fois c’est facile. Par exemple, dans la série « Desperate House Wife », c’est facile car on connait déjà le style, on appelle ça le « Dramedy ». Par contre, si c’est un film avec une intention profonde, il faut réfléchir, lire le scénario.
J’aime bien le travail en « concept de sons » : Je ne joue que d’un instrument et d’une manière pas habituelle pour cet instrument. Par exemple, la flûte qui joue une musique très mélodique, on va lui faire faire que des petites notes pour être très rythmique.
Il existe aussi des « musiques de librairie » que l’on peut acheter à Universal-Musique (dans leur catalogue) par exemple et que tu vas placer dans des publicités. Je créé également des musiques de librairie. Pour ces musiques, on parle de couleurs de musiques : épique, joyeux, triste, fédérateur, winner (gagnant). Si on fait une pub des JO (Jeux olympiques) pour Nike, on va mettre une musique « winner ».
Je commence à travailler avec l’IA (l’intelligence artificielle). Elle peut nous faire un morceau ou terminer notre morceau. Il faut être bon dans le « prompt » qui est l’instruction précise que tu donnes à l’IA.
Quel conseil pouvez-vous nous donner ?
J’avais 15 ans quand je me suis inscrit au conservatoire et mon papa m’a demandé de préparer à côté un CAP de plomberie pour avoir un métier à côté de la musique. Il n’y a pas de secret, il faut bosser 8 heures par jours. Plus tu bosses, plus tu avances. Ce n’est pas magique, il faut écouter de la musique et bosser son instrument. Toujours écouter son papa!
Luca Bernard, Evabelle Fouché, Maxence Prédal