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Commissaire dans la Police Nationale : un engagement fort

Nous avons eu la chance d’interviewer Audrey Basquin commissaire à Cagnes-sur-Mer et Saint-Laurent du Var depuis 2021. Elle nous dévoile la réalité de son métier.

Audrey Basquin en 2021 ( source : Nice-Matin )

Pourquoi avez vous choisi ce métier ?

Je dirais qu’ il y a plusieurs métiers dans la Police Nationale. On passe un concours, que ce soit gardien de la paix, officier ou commissaire et après l’école de police nous forme de manière généraliste; ensuite, on peut se spécialiser dans une centaine de métiers au sein de la Police Nationale. Moi, je voulais être inscrite dans le quotidien des Français, j’ai besoin de donner un sens à mon engagement. Je voulais être au service du public, être plutôt ancrée dans le présent.

Quel a été votre parcours d’études ?

J’ai passé un bac scientifique, option maths. Ensuite j’ai fait un Master de droit. Parallèlement, j’ai fait un diplôme universitaire en criminologie. Et enfin j’ai terminé avec un Master 2 en management des administrations publiques et décentralisées. 
Et j’ai doublé mon Master 2 en management par un Master 2 en sécurité intérieure.

A quoi ressemble une journée type ?

Il n’y a pas de journée type. Tout dépend de là où vous êtes affectée , c’est aussi l’avantage d’être policier parce qu’il n’y a aucun journée qui se ressemble. Aujourd’hui par exemple, j’ai commencé par une réunion avec la Police Municipale pour essayer de travailler le lien entre Police Municipale et Nationale. Hier soir, j’ai enquêté sur un individu qui a mis fin à ses jours avec une arme à feu .

Est-ce que vous travaillez en groupe ou vous travaillez seule ?

Dans la Police Nationale, on travaille toujours en groupe. En tant que cheffe, vous êtes un peu plus seule que les autres mais globalement c’est un travail d’équipe, c’est toujours un travail d’équipe. Lors d’une intervention, il y a des règles à respecter.

Pouvez-vous nous en citer quelques-unes ?

Notre action est encadrée par le code de la Sécurité Intérieure, par le Code Pénal, par le Code de la Route… par  l’ensemble des règles réglementaires et législatives. 
Mais on a aussi en plus des techniques spécifiques d’intervention pour assurer à la fois la sécurité des usagers, la sécurité des personnels en intervention et on a la responsabilité des personnes qu’on interpelle, donc on leur doit aussi une protection. Et enfin, il ne vous aura pas échappé que l’usage, que ce soit des armes de force intermédiaire ou les armes létales, est particulièrement encadré.

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans votre métier ?

De manière générale dans la Police Nationale, le plus dur est le fait qu’on intervient au cœur de la société, et parfois dans ce qu’elle a de plus sombre : on est confronté à la violence, on est confronté à la mort. 
On engage notre intégrité physique et il faut être disponible et prêt à modifier les horaires de sa vie de famille. On travaille les week-ends, on travaille les nuits, on travaille très tôt le matin. Hier, j’ai fini à 1h du matin, ce matin, j’étais là à 8h. J’ai conscience aussi qu’à l’heure actuelle, c’est aussi beaucoup demander finalement aux policiers que d’avoir cette disponibilité, notamment cette amplitude horaire.

On le fait avec passion  mais si vous me demandez objectivement les difficultés, quand j’ai des jeunes stagiaires par exemple, je leur dis que c’est un métier extraordinaire qui est au service du public, où on se sent utile dans la société: c’est quand même une place extraordinaire que de pouvoir accueillir les victimes, poursuivre les mises en cause, rassembler les preuves dans des enquêtes judiciaires, permettre aux manifestations de se dérouler dans le bon ordre. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a une contrepartie, c’est le côté difficile, être confronté notamment  à la mort. Comme hier, quand j’ai annoncé à cette mère que son fils unique s’était suicidé. Il faut avoir conscience que c’est difficile. C’est triste.

Quelle enquête vous a le plus marquée ?

J’ai fait beaucoup d’enquêtes parce qu’avant j’étais dans un groupe spécialien judiciaire, mais j’ai éparticulièrement marquée en 2024 par l’incendie criminel dans le quartier des Moulins à Nice. 
C’est un incendie qui a été déclenché dans le cadre de la guerre entre narcotrafiquants et qui a coûté la vie à sept personnes. C‘est une enquête pour laquelle on s’est engagé, je dirais encore plus que d’habitude, parce qu’effectivement ces victimes innocentes tuées, notamment avec des très jeunes enfants qui sont décédés, dans le cadre de la guerre entre trafiquants de stupéfiants qui se disputent des territoires, ça nous a particulièrement impactés. 
C’est très triste.

Avez-vous déjà eu peur pendant une mission ?

Il nous arrive d’avoir peur, mais il ne faut pas que ce soit une peur qui sidère… mais avoir un sentiment d’appréhension parfois, oui, bien sûr. On prépare énormément nos interventions pour éviter justement d’avoir peur. On est souvent confronté au danger donc nos interventions sont très péparées pour que ça se passe au mieux.