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REPORTAGE : L’Irréductible nouveau média scolaire du lycée

Chaque année, des milliers d’élèves en France s’investissent dans le média de leur établissement scolaire. Ils donnent de leur temps libre pour rédiger des articles, réaliser des reportages ou encore des interviews. Les jeunes y gagnent en retour de riches compétences, développent leur esprit critique et leurs facultés d’organisation. Cela demande une certaine rigueur, ainsi qu’un travail considérable.

Comment se met en place un nouveau média scolaire et à quelles difficultés doit-il faire face ? Justement, dans notre lycée, un groupe de jeunes a décidé de s’engager dans la création d’un journal, sous l’impulsion de leur professeure-documentaliste.

Intriguées, nous avons mené notre petite enquête auprès de personnages clés de ce projet, Fanny Genoux la rédac’ chef et Marius, un jeune « journaliste » élève de première.

CRÉATION DE L’ÉQUIPE ET PREMIÈRES RÉFLEXIONS

L’idée est venue de Fanny Genoux, professeure-documentaliste arrivée cette année au lycée René Goscinny, elle encadrait déjà des élèves dans la réalisation d’un journal dans son ancien collège et avait l’envie de recommencer avec des élèves plus âgés avec lesquels il serait éventuellement possible d’explorer de nouvelles choses. Elle était très curieuse de voir ce que les lycéens étaient capables de produire, curieuse aussi d’en apprendre plus sur leur capacité à s’informer. L’enseignante a donc fait circuler l’information et demandé aux potentiels intéressés de se rapprocher d’elle pour constituer la future équipe de rédaction.

Ils étaient, au départ, une quinzaine, mais certains sont partis, d’autres se sont ajoutés… finalement, ils sont une douzaine à vraiment s’engager dans le projet.  Certains d’entre eux ont la vocation de devenir journalistes, mais d’autres, comme Marius Gally, élève de première, n’envisageaient pas cet avenir professionnel. Marius, passionné par le cinéma et les séries est pourtant très impliqué, lorsqu’il a entendu parler de ce projet de média, il a tout de suite été intéressé par cette idée. Il n’avait aucune expérience en la matière, il n’y avait pas de média scolaire dans son collège.

La petite équipe nouvellement constituée s’est alors réunie. Objectifs ? Trouver un nom au journal, déterminer sa ligne éditoriale et créer son identité visuelle ! Soucieux d’ancrer le journal dans l’établissement, ils ont opté pour des noms se rattachant à celui du lycée. Trois noms ont ainsi émergé et ont été proposés, par sondage, à l’ensemble des élèves. C’est « L’Irréductible », en référence aux Gaulois de la bande dessinée Astérix, qui a remporté les suffrages. Bel hommage à Goscinny.

L’équipe a déterminé les rubriques et réfléchi aux premiers sujets à traiter. Des sujets qui pourraient intéresser les lycéens, mais aussi, bien sûr, les intéresser eux-mêmes, pour qu’ils prennent plaisir à rédiger leurs articles. Ils ont sollicité des élèves de la section STD2A pour créer le logo, la maquette et les illustrations du futur journal.

À CHACUN SON RÔLE

Même si un journal scolaire n’est pas destiné à une très large diffusion, sa création nécessite une certaine organisation. Tout d’abord, il doit y avoir un rédacteur en chef. Il joue un rôle majeur dans la production du média : il coordonne le choix des articles par rubriques, ainsi, Fanny Genoux explique « on ne pourrait pas publier un journal destiné à des lycéens et plutôt généraliste avec, par exemple, une majorité de critiques littéraires, et seulement un article sur le lycée, il faut atteindre un équilibre. » Elle vérifie aussi que les sujets proposés sont bien d’actualité, « ça n’aurait pas de sens de publier un article sur les différents programmes des candidats à une élection, alors que l’élection est passée. » Son rôle est aussi de donner de l’inspiration aux rédacteurs qui seraient en manque d’idée et de les orienter vers les bonnes sources à explorer.

Un média doit aussi obligatoirement avoir un directeur de la publication. En général, il s’agit du chef de l’établissement. C’est lui qui possède la décision finale de la publication de chaque article. Il peut donc refuser celle-ci s’il estime le contenu violent ou propageant une idée mauvaise telle que le racisme ou d’autres types de discrimination. Il s’agit en quelques sortes d’un filtre, qui vérifie chaque édition. Une fois publié, chaque numéro du journal doit aussi être enregistré auprès d’un organisme, le CLEMI, (Centre de Liaison pour l’Éducation aux Médias et à l’Information).

Enfin, les élèves-rédacteurs s’organisent selon leurs préférences et leurs capacités. Ainsi Marius véritable cinéphile qui souhaite poursuivre ses études dans l’audiovisuel et la réalisation, s’est naturellement tourné vers la critique de films et de séries, ce qui ne l’empêche pas d’écrire sur d’autres sujets lorsqu’une actualité l’intéresse, comme par exemple la réforme des retraites. Les élèves de la section design et arts appliqués se sont tournés vers les illustrations et ont proposé des BD.

La couverture du premier numéro du journal du lycée

DES EMBÛCHES…

Dans l’équipe de rédaction on trouve des élèves de la seconde à la terminale, des filières générale et technologique. Autant dire que c’est impossible de trouver un créneau commun à tous pour se rassembler tant les emplois du temps des lycéens sont complexes. Alors, à l’exception d’une réunion de rédaction, l’équipe échange en ligne, dans un espace de travail commun. Sinon, chacun avance seul. C’est assez contraignant pour l’avancement du projet.

Certains élèves aimeraient s’impliquer mais trouvent assez compliqué de conjuguer ce travail de « journaliste » avec le travail scolaire. Marius lui, pense le contraire, « la rédaction n’empiète pas sur mon temps de travail pour le lycée, ce n’est pas une charge supplémentaire ou une obligation mais un loisir. » C’est sans doute pour cela qu’il a pu produire de nombreux articles pour le premier numéro de L’Irréductible.

… MAIS UNE ÉQUIPE ÉPANOUIE

Faire naître et vivre un média semble être un dur et long travail, mais il s’agit d’un grand moment de plaisir pour les participants. Ceux-ci sont, pour la plupart, très impliqués dans ce projet et donnent leur maximum pour produire un journal de qualité. Ils apprécient que la possibilité leur soit offerte de donner leur avis, de développer leur esprit critique. Même si l’équipe n’a pas souvent l’occasion de se réunir au complet, les élèves parlent d’une ambiance chaleureuse qui les motive, ils apprécient la gentillesse et la bonne organisation de leur rédactrice en chef, qui a donc réussi son pari : mener à terme un projet qui crée de nombreux liens et fasse progresser les jeunes qui s’y impliquent.

Tous ont maintenant hâte que le premier numéro, paraisse enfin, il est à l’imprimerie à l’heure où nous écrivons ces lignes.