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SYNTHÈSE : L’extension de l’aéroport de Nice, un projet climaticide ?

Le projet d’extension de l’aéroport de Nice fait polémique. Non seulement pour les dégâts environnementaux qu’une telle extension pourrait causer mais aussi par rapport à toutes les idées reçues de ceux qui s’y opposent.
Qu’est-ce que le projet d’extension de l’aéroport de Nice ? Quels en sont les objectifs ? Quelles en seront les conséquences ? Pour y voir plus clair nous avons interrogé le porte parole des aéroports de la Côte d’Azur, Aymeric Staub et Vassilia Margaria, une militante du collectif « Alliance Écologique et Sociale ».

UN AÉROPORT TROP PETIT

L’extension concerne l’aménagement du terminal 2 de l’aéroport de Nice Côte d’Azur. Cela consiste en la construction de deux bâtiments de 25.000 m² comprenant une zone d’enregistrement de passagers, une zone de tri de bagages, six salles de pré-embarquement, et une darse composée de six portes. Les travaux ont débuté début mars, le projet doit être livré en intégralité avant l’été 2026.

La configuration actuelle de l’aéroport de Nice, calibrée pour 14 millions de passagers par an, a été dépassée en 2019 avec 14,5 millions de passagers. En 2030, 8 millions de passagers de plus sont attendus dans cet aéroport. Il est donc indispensable, selon l’aéroport, d’entreprendre des travaux d’agrandissement. « L’adaptation du terminal 2 permettra ainsi à terme aux passagers transitant par la plateforme de bénéficier des meilleures conditions d’accueil et de sécurité », peut-on lire sur le site de l’aéroport.

UN PROJET CLIMATICIDE POUR LES OPPOSANTS

© Photo Jean-François Ottonello

Si le permis de construire avait été accordé en janvier 2020, ce n’est que le 3 octobre 2022 que le tribunal administratif de Marseille a tranché en faveur de la réalisation du projet. En effet, un recours avait été déposé par des associations de protection de l’environnement. Pour Thierry Bitouzé, co-fondateur du « Collectif Citoyen 06 », le constat est clair « alors que des citoyens et des associations luttent depuis près de 3 ans contre ce projet nuisible, (…), le projet le plus climaticide de notre territoire se voit conforté, en première instance, par la justice administrative de notre pays. »

Si pour les associations de protection de l’environnement ce projet est incompatible avec les objectifs de transition écologique, c’est parce que selon eux, cette extension aurait pour conséquence 20 000 vols en plus chaque année. Ce qui est en contradiction avec l’annonce de l’aéroport, « nous n’entreprenons pas de travaux susceptibles d’accroître le transport aérien » peut on encore lire sur leur site.

Les opposants se mobilisent donc pour tenter d’empêcher l’avancement de ce projet. Ils ont déjà organisé plusieurs marches citoyennes pour informer les Niçois qui, pour certains, n’étaient pas au courant du projet. Il y a en ligne des pétitions, une cagnotte ainsi qu’une page Facebook et Instagram pour informer le plus de personnes possible.

Nous avons pu questionner Vassilia Margaria, une militante faisant partie du collectif Alliance Écologique et Sociale, une association qui se bat contre ce projet. Ce collectif national, créé pendant le confinement, regroupe des syndicats et quelques associations afin de réfléchir et d’agir sur des questions environnementales et sociales.

Selon les porteurs du projet, l’extension apportera simplement des améliorations pour l’accueil des passagers, mais ne changera rien au nombre de vols et de pistes. « C’est faux, en se basant sur des chiffres, ceux de l’aéroport lui-même, on se doute bien que s’ils mènent de tels travaux, ce n’est pas juste pour mieux accueillir les passagers. » rétorque Vassilia.

Selon elle, ce projet vise à augmenter le trafic aérien et l’accueil du nombre de passagers sur Nice, alors que Nice est un territoire fortement exposé à la pollution atmosphérique. « Nous sommes déjà en alerte sécheresse alors que nous sommes en période hivernale. Cet agrandissement augmenterait le sur-tourisme, ce qui aggraverait encore la situation. » Des phénomènes tels que la pollution atmosphérique ou le réchauffement climatique seraient donc directement aggravés par ce projet, selon elle. Elle parle aussi des riverains qui subissent déjà des nuisances sonores, celles-ci seraient encore accentuées.

« On ne comprend pas que de tels travaux soient acceptés par nos autorités. C’est inconcevable pour l’avenir », ajoute la militante pour qui il faudrait plutôt diminuer le transport aérien si on veut réduire le réchauffement climatique. Elle poursuit « les alternatives seraient de développer d’autres activités économiques dans notre région, parce que le but de tout ça est d’accueillir plus de touristes et de développer d’autres moyens de transports tel que le train. »

UNE ADAPTATION NÉCESSAIRE SELON L’AÉROPORT

Aymeric Staub est le porte parole des aéroports de la Côte d’Azur. Il nous explique que le transport aérien augmente de 2% à 3% par an : « depuis 2019, il y a eu 14,5 millions de passagers à Nice, ce qui a mené à beaucoup de dégradations dans la qualité des services. » Le projet est pour lui plus une « adaptation » qu’une « extension ». Ce projet d’extension de l’aéroport n’a pas pour but d’augmenter sa superficie (parkings, pistes), mais d’agrandir seulement le terminal 2 et d’ajouter une darse, « ceci permettra d’acheminer les passagers directement à leurs avions au lieu de leur faire prendre le bus. » Il y a aussi une idée de confort : « on n’a pas envie de prendre son avion dans une bétaillère » a-t-il dit. Aymeric Staub nous apprend également que « l’aéroport est neutre en carbone, le maximum est fait pour réduire toute pollution émise. » Par exemple, les eaux usées de la métropole sont utilisées pour le chauffage. Grâce à leur engagement, le transport aérien a baissé de 20% sa pollution. Nous apprenons que 85% de la pollution globale de l’aéroport a déjà été neutralisée, il resterait une part de 15% liée aux ruptures technologiques. « La seule solution reste de compenser, nous avons décidé de planter des arbres aux abords des pistes et sur le territoire. Environ 15000 arbres ont été plantés ce qui équivaut à 90 tonnes de C02 absorbées par an. » Il s’agit de puits de carbone végétaux : en poussant, les plants captent et stockent le CO2, de l’aéroport comme des avions. L’aéroport de  Nice est le 1er aéroport de France reconnu neutre en carbone. « Nous sommes sincèrement impliqués » conclut Aymeric Staub.

Le transport aérien est polluant et bien que l’aéroport de Nice s’engage dans l’innovation pour répondre aux enjeux environnementaux, ce qui est loin d’être le cas de tous les aéroports, l’inquiétude des opposants à cette extension ne s’apaise pas face au risque d’augmentation du nombre de vols.