Consultation citoyenne européenne

Un an après une première visite au parlement européen – à l’occasion de la présentation de la Charte du lycéen européen – et six mois après Euroscola, les élus lycéens du CAVL ont participé à la Consultation citoyenne européenne lancée conjointement par le Président de la République française E. Macron et la Chancelière allemande A. Merkel.

« – Et toi, tu te sens quoi ? Européen ou Français ?

– Boh ch’ais pas… Plutôt Français quoi…

– Ah moi je suis Européen à fond!

– Ouais l’Europe c’est beau, mais ça a plein de défauts… Puis, franchement, elle nous sert à quoi

au quotidien ? »

 

« Europe », voilà un nom qui agite aussi bien le monde agricole que celui de la finance, l’Assemblée nationale, les parlements régionaux, les cheminots, les fabricants de grille-pain et l’incontournable café du commerce.

L’Europe suscite les passions et fait fleurir les a priori sur son compte.

Raison de tous les maux de ses États membres mais bon plan commercial, l’Union européenne est, en 2018, un chantier sur lequel on ne peut se pencher sans l’appui éclairé de quelques spécialistes de la chose. C’est pourquoi Josiane et Patrick Auvret, professeurs en Droit européen à l’Université de Nice-Sophia-Antipolis  et membres du Mouvement européen des Alpes-Maritimes, associés à Anne Barron-Chays, DAREIC (déléguée académique aux relations européennes et internationales et à la coopération) ont mené cette consultation.

En quoi l’Europe sert-elle la jeunesse ?

Les multiples programmes d’échange proposés par ERASMUS (dont le budget sera doublé dans les années à venir) sont probablement la plus grande réussite européenne. Ils permettent aux étudiant.e.s des pays membres de bénéficier de bourses et d’un système de continuité dans leurs études supérieures (mêmes « hachées » par un séjour de plusieurs mois dans un université à l’étranger) favorisant leur mobilité donc leur ouverture culturelle et l’amélioration de leurs compétences linguistiques. Sur le plan éducatif, l’Europe ne souhaite pas trop intervenir dans les choix nationaux : les États membres sont donc souverains dans le choix de leur politique éducative. Cependant, l’UE a harmonisé le parcours dans l’enseignement supérieur « licence-master-doctorat ». Ainsi, un diplôme obtenu en Espagne ou en Allemagne a la même valeur qu’un diplôme identique obtenu en France. Utile pour se faire employer dans n’importe quel pays membre grâce au marché commun (mobilité des facteurs de production : travailleurs et capitaux) que constitue l’Union européenne, non ?

Anne Barron-Chays est plus romantique dans son approche de la question :

« Imaginez que vous tombiez fou amoureux d’une autrichienne ; vous pourriez vous installer en Autriche, y trouver un emploi et y vivre votre idylle tant qu’il vous plaira, sans plus de difficultés que si vous alliez vous installer en Picardie. Essayez d’en faire autant avec une américaine ; le temps que vous obteniez votre Visa, elle aura déjà épousé l’un de ses compatriotes et vous vous retrouverez le bec dans l’eau. »

L’Europe c’est aussi une multitudes de sujets qui concernent toutes les générations

Outre le volet « éducation et jeunesse », les é lus du CAVL ont débattu de la dimension sociale, économique (environnementale, industrielle et fiscale), sécuritaire, démocratique et diplomatique que devrait idéalement revêtir l’Europe de demain.

Quelques pistes de priorités à traiter pour bâtir l’Europe de demain selon les élus du CAVL

  • Une Europe de la défense intégrant des soldats et du matériel provenant de toutes les armées des pays membres fiancée par le budget européen. Elle aura de garantir la sécurité des citoyens européens sur leur sol (contre le risque terroriste notamment) mais, surtout, d’intervenir hors du territoire européen afin de mener des missions de préservation des intérêts des pays membres tout en assurant une aide humanitaire aux populations résidant dans les pays ciblés par ses opérations. On peut ainsi envisager un allègement du coût des multiples opérations menées par des pays comme la France qui serait alors dissout dans une participation conjointe des pays membres de l’UE.
  • Un revenu universel européen. Le pacte de stabilité et de croissance empêche les États de mener une politique budgétaire de relance keynésienne ? Qu’à cela ne tienne ! Si l’Europe s’en charge (et assume ainsi une dimension sociale), les États n’ont plus de raison de s’endetter pour relancer la consommation intérieure dans leur économie. Cela suppose toutefois une très forte augmentation du budget européen et donc de ses ressources (taxes), car qui dit « revenu universel », dit  « redistribution » donc impôts puis revenus de transfert. Mais l’UE a potentiellement la capacité de se financer, soit par des impôts indirects comme la TVA, soit au travers d’impôts directs.
  • L’économie circulaire et la taxation sur les transactions financières, a priori, deux idées qui n’ont pas un lien direct, mais qui – pourtant – participent d’une même intention : réglementer une mondialisation qui s’est principalement appuyée sur la déréglementation. L’économie circulaire, c’est en quelque sorte l’antonyme de la société de consommation, de l’obsolescence programmée des produits, c’est peut-être aussi la fin des produits « discount ». Mais cette forme d’économie est synonyme de développement durable, de recyclage, de réparation des produits (donc, potentiellement, de retour de certaines professions disparues liées à la réparation). C’est peut-être aussi, soyons fous, le retour d’une relation producteur-consommateur. Alors bien sûr, cela peut entraîner le déclin de la grande distribution. Mais les stoïciens n’avaient-ils pas pour habitude de dire qu’il n’y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne ?

La taxation sur les transactions financières est une idée digne du New Deal de Roosevelt dans les années 1930 aux États-Unis : afin de prévenir les plus grands risques liées à une spéculation non-réglementée, on règlemente, par le portefeuille. Entendez-vous les arguments annonçant la catastrophe que provoquerait un tel choc de demande négatif ? Les élus du CAVL ont préféré entendre l’écho moderne de la croissance économique : « austérité ». Si la croissance n’est bonne qu’à alimenter les discours (et les politiques) prônant l’austérité budgétaire, le « serrage de ceinture », est-elle vraiment gage de bonheur pour l’ensemble des Européens ? Mais attention, la mise en place d’une telle taxe doit être mûrement réfléchie, car si elle apparaît comme un outil visant à moraliser l’activité financière, elle peut avoir des conséquences dévastatrices. Là aussi, il n’y a qu’un pas entre le Capitole de la morale économique et le précipice d’une dépression.

  • Une fusion des corps diplomatiques nationaux en un seul corps diplomatique européen. C’est de nouveau un moyen potentiel d’alléger les dépenses de certains États particulièrement actifs diplomatiquement tout en renforçant l’image d’un « bloc » européen sur la scène internationale. Attention toutefois aux crises identitaires que cela peut provoquer, par exemple : quelle langue pour représenter l’UE ?  Quid du droit de veto de la France à l’ONU ?

La Consultation citoyenne européenne a donc été l’occasion, pour les élus du CAVL de Nice, de confronter leurs opinions sur l’Europe et de chercher à construire des propositions optimistes pour l’avenir de l’Union économique et monétaire que certains élus aimeraient voir se transformer en État fédéral, tandis que d’autres, parmi eux, pensent que tout pays devrait être cloisonné. Les clivages des aînés n’épargnent décidément pas la pensée des lycéens et lycéennes.

Grégoire Kinossian

 

 

 

 

 

 

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